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Eulalie ,
mardi 3 août 2010 à
21:52 ::
Journal
Mais qu’est ce que tu fais depuis 4 mois ?
Je suis gardienne de phare. Je suis détective au beau milieu d’une guerre des gangs. Je résiste encore et toujours à l'envahisseur. Je cherche à comprendre pourquoi on m’a laissée en vie. Je m’essaie à la confection de sorbets. Je retourne sur le paquebot jouer du piano. Je suis biographe. Je suis pirate et j’ai un équipage du tonnerre. Je cherche à remplir les cases du tableau de Mendeleïev. Je cuis des cakes salés. Je refais la route de la soie. Je suis croque-mort. Je lis des correspondances qui ne me sont pas destinées. Je suis un yōkai.
Je lis et relis. Tout ce qui me tombe sous la main avec un réel sentiment d’urgence. Des romans, des lettres, des essais, des bédés, des livres de recettes, des magazines. Tout ce qui résonne trop fort en moi est écarté sans pitié. Tout ce qui m’embarque dans un présent parallèle est dévoré, peu importe le propos, peu importe même l’écriture. Je me laisse aller paresseusement à l’imagination des autres. Sitôt la quatrième de couverture rabattue, si la pile n’a pas été approvisionnée d’envies glanées au fur et à mesure, je furète dans la bibliothèque et en reviens les bras chargés.
Je dévore les épisodes de séries, je me gave de films. Là encore, peu importe leur genre, peu importe leur qualité, peu importe qu’ils me fassent pleurer si les larmes sont versées pour ces personnages aux destins tragiques.
Sans transition, j’enchaîne les existences, je vis dans des histoires qui ne sont surtout pas miennes.
« Sois sage, ô ma Douleur », reste de côté, vois comme la vie pourrait être pire, tais-toi, je te regarderai, peut-être, plus tard, quand tu n’auras plus lieu d’être, quand les dosages seront finalement établis, quand le brouillard aura quitté son regard, quand la souffrance sera acceptable et tu seras si minuscule, si insignifiante, qu’une simple pichenette pourra t’envoyer valdinguer vers l’oubli.
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Eulalie ,
mercredi 5 mai 2010 à
22:31 ::
Journal
Ce soir, l'OM joue (encore), faisant bondir, comme à son habitude, un Grü très en forme. La dernière charge en date était destinée à un type qui semble-t-il avait mal acheminé les bouteilles d'eau ;
"Tu peux pas t'entraîner une fois ou deux dans ta vie ? T'es un porteur d'eau, tu portes de l'eau, point barre !" (j'ai renoncé à comprendre)(3 buts à 1 pour Marseille, hurle le commentateur qui vient probablement de se briser les cordes vocales)(Il semblerait qu'"on" soit les champions.)
Je propose donc un petit jeu, inspiré des fameux
lolcatz qui demandent depuis quelques années déjà à se sustenter avec de bons cheezburgerz. Chaque image représente un artiste ou un groupe, accompagnée des paroles "lolcatzées". Le but est de trouver l'artiste / le groupe et la chanson.
Je précise qu'il n'y a rien à gagner sinon mon estime, ces chansons étant pour la plupart, hmm... peu actuelles.
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Eulalie ,
mardi 4 mai 2010 à
00:09 ::
Journal
J'adore ma prof de pilates. J'avoue peiner parfois à visualiser ses histoires d'étirement du périnée dans la cage thoracique, je ne saisis pas comment faire tourner mes jambes dans mon bassin avec mes abdos, mais j'adore l'énergie, l'excentricité et la façon de prononcer mon prénom avec un accent italien de cette petite femme.
Cependant, ce soir, elle a dit "pensez que vous êtes un panini. La première tranche de pain, c'est l'avant de votre corps, et la seconde, l'arrière de votre corps. Vous travaillez sur le fromage et il vous faut bien répartir les tranches de pain pour que le panini soit équilibré."
Alors je voudrais clarifier un peu les choses : je ne veux pas être un panini. Ni maintenant, ni jamais, ni dans une autre vie, même pas pour être le panini attitré de Bradou. Pour tout dire, je ne veux même pas y être comparée.
Je ne m'amuse pas à venir essorer mon périnée dans mon cerveau en équilibre sur un rouleau instable avec le ventre qui tétanise pour être comparée à un panini ou à n'importe quel sandwich.
Et je refuse qu'on parle de "fromage" pour qualifier mes abdos moelleux, qui, rappelons le, sont tendres et douillets non pas à cause d'un abus d'une quelconque substance grasse et coulante, mais grâce à ces petites pâtisseries maison faites avec amour et tendresse.
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Eulalie ,
lundi 26 avril 2010 à
00:09 ::
Journal
Intérieur, soirée. La SNCF se la joue bétaillère en vendant deux fois le nombre de places disponibles dans un TER. Un couple abaisse deux strapontins et s'assoit tandis que nous nous entassons façon sardines à l'huile dans le petit habitacle.
Une vingtaine de personnes reste devant les portes sans pouvoir entrer dans le train.
Devant moi, une jeune femme enceinte de quelques mois.
Les deux strapontins papotent et rient, ignorant avec une ahurissante indifférence les gens qui les entourent. Plusieurs personnes essaient de rentrer en contact avec eux en les fixant du regard. Une jeune femme, amie de la future maman, tapote l'épaule de l'homme et lui fait remarquer, avec un agacement visible mais contenu, leur comportement incorrect.
L'homme la regarde à peine et répond, légèrement agressif et plutôt arrogant :
"Le problème ne vient pas de moi mais de la SNCF : si vous avez une remarque à faire, soyez gentille d'aller la faire auprès des contrôleurs."
Il se détourne sans même attendre une réaction et laisse l'assistance interdite.
Je voudrais dire mon admiration à cet homme qui, en une seule phrase, a relevé le défi ultime auquel la SNCF n'avait même pas essayé de répondre ; nous mettre tous sur le cul.
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Eulalie ,
mercredi 21 avril 2010 à
23:33 ::
Journal
Je voulais écrire un de ces billets d'humeur dont ce carnet a longtemps été noirci.
Je voulais décrire le sentiment de tristesse, de honte et de gêne lorsque cette très jeune femme qui a monnayé ses faveurs à des sportifs a été jetée en pâture à une foule soudainement très puritaine et très désireuse de rétablir un peu de morale dans le terrible monde de stupre qui l'entoure.
Lorsque ses photos, volées sur son compte Facebook au mépris de son droit le plus fondamental à la vie privée, ont commencé à tourner, cela n'a été qu'une suite d'injures, de moqueries misogynes, de propos dégradants, pour cette personne en particulier et pour toutes les autres femmes en général. Une personne de sexe féminin à qui j'en ai fait la remarque m'a répondu "je n'ai pas à respecter quelqu'un qui ne se respecte pas". Bien.
Internet se révèle une fois de plus être un déversoir de haine et de diffamation, au nom du SacroSaint Humour (plus assimilable à un Bigard bien faisandé qu'à un Monty Python) ou, plus insidieux encore, au nom de la liberté d'expression. Vite, dépêchons-nous, les vedettes des ragots du jour ne le seront peut-être plus demain, vite, hâtons-nous, trouvons le bon mot, ne réfléchissons pas aux conséquences de nos actes ; vu la taille de sa poitrine, il est évident que tout son entourage connaissait ses activités. Vu qu'elle couchait avec des personnes connues, il est évident qu'elle devait s'attendre à être médiatisée.
Avec dégoût, j'éteins ces canaux putrides, mais la fange a contaminé l'autre côté de l'écran et je me retrouve face à des personnes réelles qui vomissent leurs vérités pré-réfléchies, bien mâchées.
Ce n'est pas choquant, qu'on cloue ainsi au piloris cette prostituée et qu'on s'acharne sur elle. "Elle récolte ce qu'elle a semé", dit-il. Il trouve même réconfortante cette idée qu'il se fait de la "justice universelle", il l'aime bien, son concept de "roue qui tourne". Lui trouve que "ça se voit qu'elle n'est pas forcée". Et lui dit "A 2.000 € la passe, je ne vais pas la plaindre. Tu as vu ses photos à Dubaï ? 20.000 € par mois, tu te rends compte ? Elle n'est pas malheureuse !". Et l'autre dit "2.000 € pour ça ?!" Et lui me reprend, par souci de correction ; "on ne dit pas 'pute', on dit 'prostituée' ou si tu veux, 'péripatéticienne'."
L'hypocrisie dans toute sa splendeur.
Pour le même prix, on vous fait la pute (moche), le sportif (moche) et la femme (moche) du sportif (moche) qui soutient probablement son mari (moche) car elle a un mauvais contrat de mariage. Pourquoi se retenir ! Pour une fois qu'on peut cracher toutes nos saloperies sous couvert de réagir à l'actualité chaude bouillante (rires gras), lâchons-nous ! C'est de l'humour !
J'espère au moins que vous vous êtes bien marrés.
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