Je crois que Dr House me fait beaucoup de mal.

Tout ce foin pour ça ? Tous ces cris, toutes ces tergiversations, toutes ces résignations, toutes ces plaintes, toute cette peur et tout ce stress accumulé pour ... ça ? Une légère sensation, même pas désagréable, tout à fait quelconque, que quelque chose de petit vous appuie sur le bras ? Pas même la moindre goutte de sang ?

Non, vraiment, je suis sortie déçue du cabinet de Docteur Tchou. J'avais couvé du regard le Grü comme si c'était la dernière fois. J'avais dit adieu à mes chef, binôme et collègues. Je pensais mourir d'une hémorragie suite à la perforation (accidentelle ou non, j'hésitais) de la carotide. J'étais prête à jouer la scène finale, celle pendant laquelle je me laissais tomber gracieusement de la table d'auscultation, le regard résigné, sachant que la mort approchait et que je ne lutterai point, oui, j'étais prête à prononcer mes dernières paroles, un discours poignant, dans les bras de ma doctoresse, alors que mon sang se répandrait sur le carrelage en terre cuite du cabinet. Dans mon dernier souffle, la caméra aurait initié un mouvement de travelling arrière. Et puis rideau. Mais...

Que dalle. Des nèfles. Rien. Nada. Des clous. Peau d'zob. Oualou.

Oual... aïe. C'est normal, la grosse plaque rouge en relief, là, de plusieurs centimètres autour du point d'impact ? C'est normal cette douleur et cette raideur dans le bras gauche ? Et la sensation de fourmillement ? Et pourquoi il fait si chaud dans cette pièce ?

Je vais mourir, c'est ça ?

Il y a deux jours, je mourais du tétanos du petit doigt.
Cet après-midi, je mourais d'un tétanos du bras gauche généralisé.
Ce soir, j'en suis sûre, bras gauche douloureux + fièvre + fourmillement + douleurs musculaires + maux de tête + douleurs aux articulations : je meurs d'une crise cardiaque du Guillain Barré déguisé en lupus.


Demain, une note sponsorisée par la médecine de travail. Nous évoquerons ma monumentale foirade du test de vision avec mes lunettes et ma découverte de prise de poids spontanée qui tend à prouver que je suis atteinte de cécité hypothyroïdique (et/ou diabétique non encore diagnostiquée).


Ne surestime pas le pouvoir du choupi, scarabêbête.

Ce week-end, alors que je démontais une armoire art déco d'un geste assuré, le tournevis servant de levier s'est planté dans ma main. Rien de bien étonnant quand on connait l'extraordinaire adresse dont je fais preuve au quotidien. Mon cher amoureux, comme à son habitude, a joué l'urgentiste. Avisant l'outil rouillé, il s'est enquis de la validité de mes vaccins.

Et c'est là que tout a dérapé. C'est que la trouille est une seconde nature, chez moi, je manie mieux que quiconque la frousse et élude depuis plus d'une décennie les questions sur les statuts de mes vaccins.

Il faut préciser que le BCG m'a laissé deux traces impérissables ; la première à l'intérieur du bras gauche, énooorme cicatrice de 8m², et la seconde, une peur non raisonnable de l'aiguille et de la douleur vive et inhumaine et atroce et terrible et affreuse et trop horrible que provoque l'injection d'une substance sous la peau.

Le principe même d'aller payer quelqu'un pour qu'il nous enfonce une aiguille et le contenu d'une seringue dans le bras afin de ne pas attraper une maladie qu'on a une chance sur 12 trillions de trilliards de choper me semble peu naturel, je l'avoue, oui, et alors ?

S'en sont suivies des heures de négociations, pendant lesquelles la mauvaise foi et la malhonnêteté se sont équitablement partagés le temps de parole. Étant au point mort, il a abattu sa dernière carte et m'a décrit les effets du tétanos, me proposant d'aller jeter un coup d'œil dans Google images. Effrayée par les conséquences possibles du dérapage de ce vieux tournevis, j'ai appelé mon médecin traitant.

Après cet acte héroïque, je suis évidemment allée chouiner auprès de mon tyran sanguinaire qui prend un malin plaisir à user de psychologie et d'images choquantes pour me forcer à aller me faire malmener chez des sociopathes à bac +8 ou 9. L'idée était de l'accuser de mauvais traitements et d'entendre en retour des paroles réconfortantes.

Il a donc changé de comportement et a adopté un ton se voulant plus rassurant. Pour toutes les personnes qui ressentent ce même effroi à aller se faire piquer par des sadiques, je colle ici la substance merveilleuse du mail de réconfort qu'il m'a adressée. Savourons la verve divine qui l'anime, voyons comme il ravive l'espoir avec ses mots savamment pesés, notons la prouesse stylistique, élevons Monsieur Grü de la Muche au rang de poète suprême, décernons lui les douze prix Nobel passés et à venir :

"C'est juste une pitite piquounette toute mimi...
Faut imaginer que c'est une gentille aiguille câline qui fait un bisou..."


Voilà voilà. Demain, tu imagines que c'est une gentille aiguille câline qui te fait des bisous.
Comment quelqu'un peut écrire une chose pareille, me demanderez-vous ? Hé bien c'est simple.
Cela fait deux décennies qu'il n'a pas été vacciné.


je suis tellement faible...



Mais si bien chaussée !

Je ne suis pas paranoïaque

Je ne veux pas avoir l’air paranoïaque, mais il me semble tout de même que, ce soir, quand j’ai ouvert la porte de l’appartement sur ce jeune couple, il s’est passé un drôle de truc.

Il s’agissait d’amis de mes voisins du dessus, manifestement peu calés en mathématiques des étages.

Quand je les ai vus, j’ai affiché mon air le plus aimable compte tenu des circonstances ; je déteste qu’on sonne chez moi et j’abhorre l’idée d’ouvrir à des inconnus. Ils ont peut-être pu se sentir menacés par mon couteau de cuisine, mais je tiens à porter au dossier que je n’ai pas sorti la moindre canine, c’est dire si j’étais des plus urbaines.

Le fait est que, pendant une seconde interminable, ils sont restés interdits, plantés comme deux couillons sur le paillasson, les bras ballants, me fixant les yeux.

Non mais je ne suis pas paranoïaque, je dis juste que j’ai l’impression d’avoir perçu un mouvement de recul chez le jeune homme. Il m’a également semblé discerner une lueur narquoise voire moqueuse dans les yeux de la jeune femme.

- On est à quel étage ?, m’a demandé le jeune homme
- Trois, je lui ai répondu sans hésiter
- Ah, donc le quatre…, a-t-il commencé
- C’est juste au dessus, concluais-je dans un sourire, ravie de faire honneur à l’enseignement des additions de Madame Cordier, ma maîtresse de maternelle.

Ils m’ont remercié, je leur ai souhaité une bonne soirée et j’ai refermé la porte.

Non mais je ne suis pas paranoïaque, je m’interroge. Pourquoi ces jeunes ont affiché une telle tête en me voyant ?

Soit jamais personne ne leur a appris que dévisager les gens de façon aussi visible dénote d’un manque d’éducation tragique, ce qui colle avec leur statut de jeune, car chacun sait que le jeune est mal élevé.
Soit ils étaient complètement drogués, ce qui colle avec leur statut de jeune, car chacun sait que le jeune est drogué.
Soit ils n’ont jamais vu quelqu’un éplucher un oignon avec un couteau et des lunettes de plongée, ce qui colle avec leur statut de jeune, car chacun sait que le jeune mange des bolinos*.


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*Ventre saint gris, ça a vachement évolué les bolinos, ils semblent avoir quelque peu oublié leurs objectifs de départ au gré de leurs mutations.

My precious...

... est encore plus beau maintenant qu'il est mien. Garance Doré a un talent fou et j'aurais gravi bien des montagnes pour avoir quelque chose d'elle.




Des merveilles commandées et payées, seule une m'est parvenue.
Je fais la promesse solennelle de ne plus jamais rien acheter chez ces arrogants branchouilles de Colette pour lesquels la satisfaction de la cliente est de toute évidence un concept d'une atroce vulgarité. Je ne les recommande bien évidemment pas, sauf si vous aimez vous faire remettre en place lorsque vous manifestez un mécontentement légitime. Voyez-vous, dépenser de l'argent chez eux, c'est déjà un privilège. Recevoir tous les articles commandés, c'est secondaire.