La relève est assurée.

J'ai reçu un mail de ma nièce. La Bulle, oui, cette petite miniature qui hier ne savait pas prononcer mon prénom, m'a écrit un mail.

"bonjoure saucisson
ésque tu et allez au cirque pinder . sété tros bien.
moi j'ai comander des petites billes a noël et toi qua tu comander ?
les loulous vons bien . demain je vais a la danse .
je te fais de grosss bisousss a vous tous maime a tchoque norise."


Okay, "écrire un mail" est peut-être un peu trop bienveillant, disons que la Bulle a commis une tentative d'assassinat de l'orthographe en hachant menu menu la grammaire.

Je vais être brève.

D'une, il semblerait que ma nièce débarque sur le net, alors je vous prie de mettre vos mains devant vos bouches quand vous baillez, d'arrêter de mettre vos doigts dans vos nez et de répéter correctement ce qu'on vous dit au téléphone arabe, sinon ça va tomber. Le tyran Bulle a développé depuis la maternelle de solides techniques de catch, dont l'elbow drop qu'elle maîtrise avec talent et elle ne tolère pas le moindre écart de conduite.

De deux, il semblerait que le langage sms soit quelque chose d'inné. Je n'arrive pas à définir si je trouve ça rassurant ou flippant.

De trois, Chuck-Norris a été débaptisé et rebaptisé, parce que Tchoque-Norise, ça tape.

Et de quatre, si à 7 ans à peine elle commence à m'envoyer des mails, dans un mois elle ouvre un blog et publie des lolcats, dans un mois et demi elle m'ajoute à ses contacts msn, dans deux mois elle envahit les réseaux sociaux et me demande de la suivre sur Twitter, dans trois mois elle n'assume plus sa marraine face à ses copines et je serai officiellement vieille has been avant mes trente ans. Vertige.

Origami



Tavernier !



Une autre !

Anonymes, 8

Il est juste devant moi à la caisse de ce petit supermarché. Le temps a sévèrement marqué son visage. Je lui donne une bonne cinquantaine d'années. Ses rides et les crevasses de ses mains sont remplies de poussière noirâtre. Il sent fort l’alcool, la transpiration et l’aération du métro parisien. Ses habits élimés sont trop grands pour son corps vouté.

Il compte avec application sa monnaie, puis, arrivé son tour, donne sa bouteille de vin au caissier. Poli, il le regarde et lui dit

« Bonjour Monsieur ».

Le caissier, jeune homme aux joues encore enfantines, le toise sans un mot et crache le prix.

Le clochard lui donne l’argent et le remercie quand il lui rend la monnaie. Il va pour partir lorsque le caissier, méprisant, lui lance :

« Et vous devriez arrêter de boire. C’est mauvais pour la santé. »

Le clochard se retourne, le regarde et lui demande doucement :

« Dis moi, mon garçon, tu as quel âge ? »

Le caissier réplique dans un souffle :

« 19 ans, et je vois pas le rapport ».

Le clochard serre les dents.

« J’ai 20 ans de plus que toi. On verra ce que la vie aura fait de toi, dans 20 ans. Je te souhaite pas de descendre aussi bas. Mais on verra ce que sera devenue ta belle morale, une fois que tu auras vécu un peu, une fois que tu te seras pris des coups, une fois que tu te seras frotté aux connards, dans 20 ans. »

Au moment de passer la porte, il ajoute « Et j’emmerde la police ! » et franchit le seuil en se marrant.

Délégués

Enlever ses chaussettes et les balancer sur les autres voyageurs est une très bonne façon d'amorcer le dialogue avec des compagnons de train inconnus et introvertis.

C'est en tout cas la position des éminents jumeaux Gonzague et Gustave. Forts de leur séjour sur terre d'environ 3 ans, ces petits êtres débrouillards ont développé des techniques inédites de communication grâce à la non éducation inculquée quotidiennement par leur mère.

La bougresse assume d'ailleurs pleinement cet état de fait et a profité des brèves interruptions de ses rejetons afin de nous faire la leçon à nous, pauvre plèbe ignare d'abjects lambdas incapables d'envisager ne serait-ce que deux secondes les idées progressistes qu'elle véhicule. C'est ainsi que nous avons appris que lorsqu'on aime ses enfants, on n'intervient pas dans leurs faits et gestes et on les laisse commettre leurs erreurs afin de ne pas brider leur créativité. (sic)

Par amour, donc, elle délègue l'éducation de ses bambins à une masse obtuse de conservateurs arriérés.
Technique périlleuse, si vous voulez mon avis ; conservateurs allant souvent de pair avec colorants, à user de la patience des gens, les minots risquent de se retrouver un jour avec les joues joliment rougies par une gifle bien traditionnelle...