Frapper ou être frappée

Croisé dans le train tout à l’heure un damoiseau avec lequel j’allais jadis en cours. Ce type est une pure beauté : mat de peau, sourire éclatant, lèvres charnues, nuque magnifique.

Bribe de conversation :
Lilli, captivée - Tu fais toujours de la boxe thaï ?
Lui, courtois - Oui, toujours. Ca me maintient en forme.

De la boxe… J’y avais pensé lorsque je cherchais une activité physique. L’idée de taper sur quelques joues, de frapper des sacs de sables avec de jolis bandages blancs. Finir par descendre dans la rue, l’œil du tigre, flairant les embûches des crapules tapies dans l’ombre. Devenir la défenderesse du veuf (beau et riche) et de l’orphelin (d’environ un quart de siècle avec des jolis yeux bleus). J’avais fini par monter les trois marches de la salle que j’avais repérée. Une grande pièce, des sacs de sable qui pendent du plafond, un ring au centre, des tapis bleus au sol et cette odeur nauséabonde de transpiration. Initiation avec un homme aussi musclé que gros (très musclé) qui m’explique la « Philosophie ». Première tentative « histoire de me mettre dans le bain » avec une fille plus petite que moi, brune, plate, nerveuse et très rapide. Première droite. Et dernière. L’initiation aura duré trois secondes et demie.

Parce qu’en effet, la boxe pose un problème éthique pas forcément évident mais bien réel. A la boxe, on ne fait pas que donner des coups, on en prend aussi.

La boxe, pour moi, c’était taper sur des gens. L’idée qu’ils puissent répondre ne m’avait jamais effleurée. « Problème insoluble » direz-vous ? Pas pour moi. J’ai imaginé un centre spécial de boxe féminine. Un centre égalitaire où nous pourrions toutes nous lever contre l’oppression de la violence, où nous pourrions casser des gueules sans que l’adversaire n’ait de droit de réponse. Un monologue féminin, en quelque sorte. Première idée : que tous les chippendales décérébrés viennent de jour dans ce centre afin que les femmes, unies dans un même effort de cassage de gueule défoulant, puissent enchaîner les uppercuts et les crochets sans risquer d’affaiblir le QI de leurs adversaires. Parce que ce n’est pas l’idée de frapper qui me dérange, mais le concept que moi, pauvre petite Blonde faible et fragile, je puisse m’en prendre une sérieuse dans mon joli petit minois délicat.

Note pour plus tard : soumettre ce concept à Bingo, que je puisse personnellement m’occuper de son cas…

Lexique de blonde

Traouuumaaaad ! : Cri de guerre. Prononcer en insistant bien sur les voyelles, poing levé au dessus de la tête avant de se donner une petite claque aux fesses et de partir au galop. (Pour plus de détail, voir Sacré Graal des Monty Python)

Cass’ta ! : Réflexion visant à faire mouvoir le séant de l’importun en un lieu non détectable à l’œil nu afin de libérer la vue. Variantes : Cass’ta Morue !, Cass’ta d’la. Bien insister sur le « a » de « cass » afin que l’importun ne comprenne pas « Kess’ta », réflexion très différente qui pourrait être à l’origine d’un quiproquo désagréable, l’individu risquant de répondre et même de s’incruster.

Ouii, j’arriive, je suiis prête ! : Locution blondesque et par extension féminine. Comprendre : « Ouii, j’arriive, je suiis prête !! Je n’ai plus qu’à appliquer par petites touches savantes ma terracota n°2, un tout petit soulignage de mes yeux avec un crayon noir, avant de passer mes bas et mon petit pull, tu sais, celui que tu aimes ! Mais je suis prête, hein… Oh, un petit coup de laque, et ça va être bon. Aussi, tu me donneras ton avis sur le défilé des 14 paires de chaussures auquel tu vas avoir l’honneur d’assister. Tu veux bien fermer les fenêtres ? –Voyant les fenêtres fermées, moue insatisfaite- Oh, dis, tu veux bien être un chou et fermer les stores aussi ? Zut, tu n’aurais pas vu les clés par hasard ? Moi je vais rajouter un p’tit coup de gloss pendant que tu regardes. C’est toi qui as mon agenda ?!» Bien prononcer les « i » d’un air jovial et assuré, accompagner d’un sourire dont nous seules avons le secret.

Va t’laver kraspek ! : Expression incontournable. S’adresse aux personnes à l’hygiène douteuse, aux fraîchement levés qui n’ont pas encore pris leur douche, aux sportifs trop pressants, aux récalcitrants du déodorant qui imposent leurs odeurs nauséabondes. Variante : « Mais va te laver, Kraspekor ! »

Gonflaga ! : Expression très courante signifiant à l’interlocuteur/objet récalcitrant le ras le bol croissant engendré par sa conduite irrespectueuse. Prononcer comme ça s’écrit, faire suivre par une crispation de mâchoire hargneuse. Ex :« Gonflaga! »

Chuis pas contente. : formule renvoyant à un état de fait indiscutable. Peut être le complément du Gonflaga. Prononcer avec une voix nasillarde, accompagner d’un plissage d’yeux visant à effrayer l’adversaire. Histoire qu’il comprenne QUI est la chef. Non mais.

Lilli, une blonde ambitieuse

Un jour, Il sera mien. Oh oui, un jour Il sera mien et grâce à lui, Elle sera mienne.
Déjeuner ce midi. La discussion tourne autour des plans de carrière. Je compte sans bruit mes haricots verts désespérément dénués de toute matière grasse. *soupir*

Fred, inquisiteur - Et toi Lilli ? Quel est ton plan de carrière ? Que veux-tu accomplir de vrai dans ta vie ? Comment envisages-tu ton futur ?
Lilli, prise au dépourvu- Euh... je ne sais pas... A priori tu vas devenir riche, je pourrais peut-être devenir ta femme ?
Fred, à l’assemblée - Lilli... Aucune ambition !
Lilli, souriante - T'as raison, vouloir t'épouser c'est faire preuve d'aucune ambition.

Je ne peux pas leur dire. Qui saurait me comprendre... Oui, j'ai un plan de carrière, un idéal de vie. Mon quotidien dans son intégralité tourne d'ailleurs autour.

Dans un parc, nos regards se croiseront devant des enfants dévorant leurs Kinder Pingui... Ou à un stage de sky-surf, avec des Kinder Bueno... Ou mieux, dans une soirée de Monsieur L'Ambassadeur... Il n'aura qu'un regard à m'accorder, qu'un mot à dire et je serai sienne. Preuve de confiance inconditionnelle, il me dévoilera enfin LE secret. Ô héritier Ferrero...

Voilà mon plan de carrière... Marier l'héritier Ferrero afin de connaître enfin la recette du Nutella. Comprenez-moi... Je suis complètement dépendante. Alors quoi de mieux que de me lier à la vie à la mort avec mon dealer ? Rien, je dis bien RIEN ne me procure autant de plaisir que de lécher du Nutella à même mes doigts. J'en ai envie le matin, le midi, le soir, la nuit. Je salive lorsque je vois la publicité. Je veux d'énormes baguettes tartinées ! Dussé-je finir ma vie enfermée dans un château dont je ne passerai plus les portes, taux Nutellémique de 17,7g, obèse avec des bigoudis verts et des lunettes de vue à double foyer comme la femme du Général Alcazar !

C'est pas de l'ambition, ça, peut-être ?