Tuer demain n'est jamais éternel - Roger Moore, espion farceur

A un taxi : "Suivez ce parachute !!"
Dangereusement vôtre, 1985

Tuer demain n'est jamais éternel - Rien que pour vos yeux

C’est du trash punk baroque, mis au point par moi-même pour une opération tonnerre. Le principe est de vivre avec le collier en laissant mourir la douleur. Parce que même si j’ai mal, je reste glamour en toutes circonstances, ne serait-ce qu’au cas où l’espion qui m’aimait ferait son apparition.

Demain ne meurt jamais, mais demain le journal redeviendra rose. Parce que le monde ne suffit pas pour deux Bond, et l’autre, quand même, il se débrouille pas mal.

Tuer demain n'est jamais éternel - Timothy Dalton et Maryam D’Abo, blonde enthousiaste sur brun réaliste

- You were wonderful, James. We're free.
- Kara, we're inside a Russian airbase in the middle of Afghanistan.

Tuer n’est pas jouer, 1987

Tuer demain n'est jamais éternel - Non ! Docteur ! Non !

Les agents secrets ont pour particularité d’avoir un sommeil très agité. Affronter des méduses à électricité statique, des pieuvres aux tentacules baladeuses, des choses avec des doigts en or, et d’autres ennemis aux intentions effrayantes, c’est terriblement traumatisant. Ce n’est pas tout de savoir que l’homme est capable des pires atrocités ; le vivre au quotidien, encaisser les pichenettes, résister aux brûlures indiennes, affronter les trahisons, supporter la violence d’un baiser rouge à lèvre, c’est connaître l’âme humaine dans tout ce qu’elle a de plus abject.

Alors nous, les agents secrets, la nuit, souvent, nous faisons des cauchemars. Internement en hôpital psychiatrique pour trolls, sévices corporels par insertion dans les lobes d’oreille de créoles en plastique épais vert fluo… Il arrive, lorsque les visions sont trop insoutenables, que nous nous réveillions en sursaut.

Et se réveiller en sursaut, c’est terriblement douloureux. Surtout lorsque, le corps se raidissant brutalement sous la violence du cauchemar, la tête vient s’encastrer avec force dans le mur. Et que cela fait « crac ». Oui, « crac ». Juste « crac ». C’est un peu bête, comme son, cela pourrait faire « tchickitcha-padabloum ». Mais les cervicales, quand ça craque, ça fait juste « crac ». Cela ne tchickitcha-padabloume pas. Je sais, c’est décevant, on pourrait s’attendre à quelque chose de plus artistique de la part de mes cervicales. Dès que c’est possible, j’en change contre des musicales.

Bref, cervicales musicales ou pas, le docteur me prescrit des médicaments et un collier… -Je me vois déjà avec un beau collier, élégant, bien ajusté, avec, disons, quelques diamants éternels et deux trois rubis, le tout monté sur or jaune très fin. J’imagine jouer avec les micros et les caméras dissimulés dans les pierreries, faire des photos infrarouges, voire me propulser dans les airs- un collier … cervical.

Madame la pharmacienne n’avait qu’un seul modèle. Un blanc, très laid, rigide avec de la mousse et un gros scratch pour serrer le tout. Bien entendu, elle a essayé de m’étrangler en serrant au maximum, prétextant qu’il fallait que cela se maintienne bien. « Tuer n’est pas jouer ! Jamais plus jamais vous ne me reverrez dans votre affreuse pharmacie ! » lui ai-je répliqué, après l’avoir écartée violemment.

Une fois assise dans l’Aston Martin, j’ai regardé Bras Doux.
- On passe au QG, Quiou va me customiser cette horreur, et puis on part à Deauville pour le week-end. Mer, Restaurant, Casino, Royal. Ne nous laissons pas abattre.
- Oooooooh Eulaliiie ! Hihi ! OK, faudra juste que je passe chercher ma jupe au pressing, alors. Hihi.
- Bras Doux, Canaillou !

Tuer demain n'est jamais éternel - Golden aïe

Placer un bureau sur un mur face à une porte, de façon à être assis dos à cette même porte, peut sembler aberrant lorsque les Forces du Mal cherchent sans cesse à vous mener la vie dure, voire à vous tuer. (Mais nous les Bond, on vit deux fois, alors même pas peur.) Néanmoins, rester dos aux évènements, c’est aussi une façon de faire baisser sa garde à l’Ennemi. Il nous voit de dos, nous pense faible, parfois s’extasie devant ma sublime chevelure soyeuse blonde garantie sans fourches ni pointes sèches (oui, l’Ennemi est bête, mais c’est aussi un esthète), et finit par faire une erreur. Et là, BAM, attaque TacTac. Ficelage en bonne et due forme, petit coup de bigo, un nouveau méchant sous les barreaux, et Lilli Bond sirote son cocktail sur un transat deux places avec l’Agent Bras Doux.

Mais il arrive, même à un agent expérimenté comme je peux l’être, d’être vraiment en position de faiblesse. C’est le problème, quand je lis les compte-rendus de Quiou. Rires de loutre sur fous-rires de hyènes, à réviser mon bestiaire, je n’entends pas que, derrière, l’Ennemi, armé d’une puissante arme biochimique, se faufile pour me prendre en traître.

C’est ainsi que Goldenmam’, que je pensais être ma blonde alliée, m’a attaquée en fourbe. Une scène d’une violence inouïe : arrivée par derrière, elle a apposé ses deux mains glacées de chaque côté de mon cou, et, douée d’une force prodigieuse, elle a renversé ma tête vers l’arrière avant de me coller un énorme baiser bruyant sur le nez, laissant les empreintes de son rouge à lèvre rose bio-chimique.

Je me lève de ma chaise avant de défaillir, chagrine un « pourquoi ? » laborieux, mes jambes sont molles, je m’agrippe au coin du bureau et tombe à terre, tout en conservant un chignon parfait et sans froisser ma belle étole de soie sauvage rose.

Goldenmam’ me laisse pour morte, et part dans un éclat de rire démoniaque.

Mais comme les diamants, je suis éternelle…

La nuit tombe lentement, et c’est à pas de loup, un loup avec un joli chignon bouclettes, que je descends dans le repère de Goldenmam’. Elle savoure sa victoire en sirotant une décoction dont elle a le secret, devant la cheminée, en écoutant un disque de Billie Holiday. J’attends patiemment qu’elle pose sa tasse (ma robe en taffetas de souffrirait pas une tâche de tisane). Elle finit sa tasse, sans savoir que c’était la gorgée de la condamnée.

C’est alors que je bondis, toujours sans bruit, et d’un geste dont Flash Gordon aurait jalousé la dextérité, je lui frotte énergiquement un tissus polaire sur les cheveux. J’entends les « clac » secs, mais n’arrête qu’une fois que je suis sûre que l’électricité statique dégagée est chargée dans tous les cheveux. Je retire la couverture et contemple mon œuvre. Ses cheveux, comme animés d’une volonté propre, comme une multitude de petits serpents, volent dans tous les sens ou se plaquent à son visage.

« Voilà qui t’apprendra à ne plus jamais essayer sur moi la technique des Bons Baisers de Russie, espèce de Méduse ! »

Encore une mission réussie pour l’agent deubeule haut touenty six. Bras Doux ? Un Bloody Mary. Mélangé, pas secoué.