L'humour SNCF

Dans le train vers Paris, Eulalie essaie de trouver une position confortable pour s'endormir sans se briser la nuque ou avoir des fourmis dans les jambes. Elle est à chaque fois dérangée par un bruit sourd de cognement sur le côté du wagon.
Tout à coup, un contrôleur fait irruption.

Contrôleur, aboyeur - Bonsoir Messieurs-Dames, contrôle des titres des transports, dans la joie et dans la bonne humeur caractérisant les fêtes de fin d'année !
Eulalie, sautant sur l'occasion - Bonsoir Monsieur ! Dites moi, quel est ce bruit de coup que nous entendons sur le côté des wagons ?
Contrôleur, sérieux - Ah, il s'agit de corps que nous traînons attachés au train depuis que nous sommes partis. Parfois, avec la vitesse et les virages, ils cognent contre les parois. C'est pas dangereux, faut pas s'inquiéter.
Eulalie, d'un air entendu- Très bien. Et dites moi donc la raison officieuse, s'il vous plaît ?
Contrôleur, à voix haute - Il s'agit de blocs de glace que nous perdons en route, et qui cognent quand ils se détachent. J'espère juste qu'ils ne vont pas percer un réservoir d'air, parce que là, on serait vraiment mal.
Eulalie, sans voix - ...
Contrôleur, prévenant - Vous allez bien Mademoiselle ?
Eulalie, rassurante - Oui, oui, j'essaie juste d'oublier ce que je viens d'entendre, je trouve la version officielle beaucoup plus rassurante.

Monsieur Muche, blond à l'arithmétique complexe

"Ce sont des gens que je vois une fois par mois tous les mois et demi"

Et nous on se voit demain dans un jour trois quart, mais de nuit.

Cui-cui, pii-ou piii-ou, chante mon ami le serin sur le rebord de la fenêtre

Noël fût d’une perfection Hollywoodienne. Les chaussettes rapportées du Canada suspendues à la cheminée, la maison parfumée au pain d’épices et à l’épicéa, le sapin paré de plumes et de tous nos bijoux les plus clinquants, les paquets cadeaux scintillants, et la table ornée de paillettes, de lierre et de bougies qui a accueilli des poulardes, des marrons, de la purée truffée et une exquise bûche.

Mais surtout, avant tout, le bonheur d’être tous réunis.

La Bulle est restée en vacances. Nous allons faire du vélo à la mer. Elle pédale comme si sa vie en dépendait, sans jamais se souvenir qu’elle ne maîtrise pas du tout les freins. J’ai dû devenir le mur qui freine ses descentes et désormais j’oublie presque la douleur de mes bleus lorsqu’elle lève son enfantine frimousse vers moi et rit de tout son saoul.

Je profite du maigre temps de sa sieste de l’après-midi pour lancer les machines à laver, repasser le linge, préparer les repas, faire la vaisselle, ranger la maison, regrouper les jouets et recoudre boutons et ourlets. Elle n’aime pas être seule.

C’est étonnant à dire, mais je suis bien. Moi qui ne croyais pas à la vertu d’épanouissement de ce type de vie centrée sur un foyer, moi qui pensais qu’il fallait autre chose pour s’accomplir.

Non, je suis juste bien.

Alors laissez-moi, s’il vous plaît, et fermez la porte en sortant. Je vous promets, je ne buvais pas l’eau de javel, j’essayais juste d’ouvrir le berlingot avec les dents. Oui, je suis assise sur le corps du facteur, mais c’est de sa faute, c’est lui qui a commencé. Il m’a apporté un petit journal d’offre d’abonnement à Point de croix magazine et un catalogue Damart au lieu du nouveau modem promis par mon fournisseur d’accès. Il a bien mérité de se faire exploser la tête dans l’encadrement de la porte d’entrée.

Si, si, je vais bien. Lui, là, en dessous, peut-être un peu moins, mais moi, je vais bien.

L’eau de javel ? Il faut bien nettoyer la porte.
Allez, soyez chic, nous n’allons pas chipoter pour un facteur insolent, les postes en regorgent.
Vous prendrez bien un peu d’arsenic dans votre thé ?