60 ans dans mon dos en un seul mouvement.

Aïe.

Paraît-il que s’étirer le matin réveille le corps, mais ce matin, c’est la douleur, là, en haut sur la droite, qui s’est réveillée dans un sursaut. La douche forte et brûlante ne l’aura apaisée que le temps des 75 litres de contenance du ballon, et sitôt la poignée du mitigeur rabaissée et la dernière goutte tombée, l’insidieuse garce a recommencé à irradier, poussant mes épaules vers la terre-grand-dieu-qu’elle-est-basse-la-terre-ouyouyouille-oulalah.

Aïe.

C’est avec toute la célérité dont est capable une voûtée petite vieille que je me suis emmitouflée pour aller chercher un remède à la pharmacie.

C’est généralement lorsqu’on a besoin d’un médicament sur ordonnance qu’on se trouve à 200 bornes de sa gentille quoique bavarde pharmacienne. Aucun dealer agréé n’a donc voulu me fournir ma précieuse dose de di-antalvic. La démarche mal assurée et la tête baissée, j’ai dû courir (ramper) les officines pour en trouver une qui consente à me vendre au moins un médicament avec du paracétamol codéiné en plus d’un patch thermo actif.

Une fois passée la délicate épreuve du « comment poser un patch chauffant dans son dos alors qu’on a mal audit dos et qu’on est toute seule ahaha la bonne blague je veux ma môman » + 20 minutes de temps, le Nirvana s’est répandu le long de ma colonne vertébrale.

Une infidélité torride (jusqu’à 68°c), un amour de douze heures, une passion sans lendemain qui connaîtra une fin violente digne des romans les plus émouvants, Al, mon Patchino, amène mon corps à des records de chaleur pour tuer la douleur.

Et je ronronne de bonheur, essayant d’oublier que le temps joue contre nous et que bientôt, l’alouette, messagère du jour, remplacera le rossignol et percera le tympan craintif de mon oreille. L’aube joyeuse touchera du bout du pied le sommet brumeux des collines, et mon Patchino, quel que soit son désir, rester ou partir, s’éteindra doucement le long de mon échine glacée.

Mais toute Eulaliette que je suis, je ne me poignarderai pas avec l’emballage ; j’ai trop mal au dos pour faire le mouvement.