Communiqué depuis l’antre de Méphistophélès

Pas de notes célestes, pas de divines réponses aux commentaires ou aux mails, pas d’ajustement de la paradisiaque mise en page tant que je n’ai pas résolu la démoniaque grille de l’infernal Sudoku du diabolique programme de la satanique télé.
Na.

Et dans un éclair, elle disparût en hurlant des mots que notre sens moral nous empêche de retranscrire ici.


Le bon voisinage à l’américaine

Ma sœur, mon beau-frère et la Bulle-au-Coude-de-Plomb* habitent dans une maison d’un lotissement à l’américaine, de ceux où les logements sont édifiés selon deux modèles architecturaux, formant un ensemble d’une harmonie très militaire.

Les allées sont régulières et délimitées au millimètre près. Le moindre brin d’herbe dépassant la norme déterminée par un comité de quartier composé d’experts en précision est tranché sans sommation. La hauteur de la pelouse est également régie par ce même comité. Les arbres sont minutieusement scrutés afin que toute aiguille de pin ou toute feuille menaçant de tomber soit retirée avant de toucher terre. Les couleurs des rosiers sont choisies dans un book élaboré par de grands experts en nuances pour être en accord avec les autres éléments. Alors quand j’arrive à pieds, je m’arrête tous les dix mètres pour refaire le lacet de mon pied droit magique avant que le nœud ne se défasse. Qui sait ce qui m’arriverait si j’introduisais du désordre dans cet îlot de perfection !

Les autochtones sont invraisemblables. Impensable pour eux de croiser une personne sans lui vendre leurs sourires plastifiés d’une blancheur immaculée et sans lui chanter la politesse qui a cours au moment de la rencontre. « Bonnnnjour ! », « Bonnnsoir ! », ou même « Bonnnnjour ! Voulez-vous vous joindre à nous pour boire un verre de limonade et manger une part de ce délicieux gâteau qui sort à peine du four ? ».
J’ai souvent l’impression que si je ne suis pas un alinéa précis du règlement qui régit les rapports de voisinages, les cyborgs vont arracher leurs masques en élasthanne, dévoilant des visages hideux, scarifiés, brûlés, à vif, et me manger jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucune trace de moi. Alors je redouble de politesse et de sourires, prends bien garde à ajouter le « Madame, « Monsieur » ou « Mademoiselle » de rigueur à chaque fin de phrase pour ne pas faire en sorte que le couteau avec lequel ils coupent leurs gâteaux ne les chatouille.

Les week-ends sont de loin les plus effrayants. Ils vont jardiner les uns chez les autres. Ils se prêtent leurs scarificateurs ou leurs taille-haies électriques, les hommes transportent les branchages ou charrient des brouettes de terre tandis que les femmes préparent les goûters / les dîners ou réalisent des boutures, entourés d’enfants joyeux qui gambadent en riant de tout leur soûl.
Y’en a pas un pour grogner que ça lui casse les roupettes de transporter des tiges d’un rosier qui n’est même pas à lui, pas une pour invectiver tous ces sales morveux qui courent dans tous les sens et qui lui donne le tournis, pas un seul mouflet qui crie pour pas prêter ses jouets.

Tant d’harmonie, ça fiche vraiment une sacrée frousse.

Heureusement, le jour où le vernis si lisse et si brillant craquera, la Bulle-au-Coude-de-Plomb sera prête. Merci l’école.


* Sa dernière trouvaille étant de plier son bras, coude vers le bas, et de se taper ledit coude avec la main opposée en fronçant les sourcils avant de frapper la table puis de pigner parce que son coude a plus de terminaisons nerveuses que le bois. Merci l’école.
Non, non, on ne me rétorquera pas qu’au même âge, je frappais ma tête contre les murs pour voir qui du mur ou de ma tête était le plus dur.
On ne me fera pas non plus remarquer que mes parents avaient fini par m’acheter un casque avec des boudins de mousse puisque, en plus de ma guerre acharnée contre les murs de la maison, je passais mon temps à réaliser des acrobaties périlleuses du type « je marche en équilibre sur le dossier du canapé qui n’est adossé à rien ».
Je ferme ici cette note de bas de note bien trop longue, retournez au texte mes petits chatons.


In bed with Eulalie