Je veux pas y aller.

Je veux pas y aller.
Je veux pas y aller.
Je veux pas y aller.

On dirait qu’on serait douze jours en arrière.
Vous pouvez pas me le refuser ; c’est une minuscule cure de jouvence, certes, mais c’est toujours bon à prendre. Et puis je m’y suis faite, moi, à la Côte d’Azur ; hier, j’ai klaxonné des gens et je me suis insérée au culot dans des files. J’emploie le verbe « caguer ».

Si chacun met du sien je suis sûre qu’on peut le faire. Refusons en cœur ! Disons NON à la fin du mois d’août ! Chantonnez « boooon weeeeek-ennnd ! » ce soir à vos boss et collègues ! Faîtes une grâce mâtinée éhontée demain matin ! Portez la bonne parole à vos proches ! Soyez acteur d’un grand bouleversement temporel français ; après tout, on a déjà les 35 heures, on n’est plus à ça près.
Mobilisez-vous !
Ouais !
Allez !
Tous avec moi ! (dans l’élan, n’est-ce pas, je ne vous invite pas tous ici, on pourra plus poser nos serviettes)
Allez… On dirait qu’on serait le vendredi 18 août.

Le tube de crème solaire n’est pas vide, le tube de crème après soleil non plus, c’est pas beau de gâcher, faut penser à tous ces petits africains qui n’en ont pas chez eux.
Et puis j’ai pas dit au revoir à Duduse la méduse, elle va s’inquiéter, elle va penser que je lui en veux encore pour la piqûre sur le ventre, si elle ne me voit pas, elle se sentira orpheline et fera n’importe quoi.

Je veux pas y aller.
Je veux pas y aller.
Je veux pas y aller.

« Lilouuuuu le taxi est làààààààà ! »

J’entends pas.
J’entends pas.
J’entends pas.

Je veux pas y aller.

« Liloouuu faut y aller, je vous rappelle que nous n’avons pas programmé de magnétoscope à enregistrer Lost samedi soir ! »

Monsieur Muche est plus doué que moi pour ce qui est de prendre les gens par les sentiments.


Les fous du volant

« Hors de question, Lilou, que je conduise pendant nos vacances ; les varois et les maralpins sont de véritables dangers publics doublés de fieffés filous, je risquerais de me départir de ma légendaire courtoisie. »

Au début, j’ai un peu râlé parce que je voulais profiter du paysage, mais au bout de quelques kilomètres, alors qu’il sautait sur le volant en hurlant pour klaxonner un 83 qui prenait de grandes libertés avec le code de la route, j’ai compris ce qu’il entendait par « se départir de sa courtoisie ».

Je lui ai frappé méchamment la main avant d’hurler que le klaxon était à MOI puisque c’était MON volant de MA voiture, et garés sur le bas côté, nous avons eu une discussion enflammée. De cette discussion est sorti qu’il refusait de voyager dans le coffre, et qu’il nous fallait donc comprendre quel était le code de la route régional. Comme aller prendre des leçons dans une auto-école n’était pas dans notre budget, j’ai appelé ce bon vieux Tonton, en vacances dans son fief varois, afin qu’il éclaire nos lanternes d’ignorants.

Sur la terrasse, à la lueur des bougies et de la lampe anti-moustiques, alors que les étoiles brillaient dans un ciel sans nuage, juste après nous avoir ri au nez en nous pointant du doigt lorsque nous lui avons expliqué notre escapade porquerollaise, visiblement ému, il nous a conté les us et coutumes routières de son pays.

- Aux feux, on ne démarre pas quand le vert s’allume, mais dès que le feu piéton rougit. (Alors ça, ça explique pourquoi j’étais tout le temps klaxonnée au feu rouge.)
- Peu importe ce que dit le code de la route ; quel que soit le cas de figure, le 83 est tou-jours prioritaire face à tout le monde, autres 83 compris. (Donc je n’avais pas subitement perdu l’orientation gauche-droite, les priorités à gauche ou à l’entrant sur un rond point, la priorité incessible et absolue sur toutes les places de parking existent bel et bien.)
- Par décision du département, l’affichage des panneaux de code de la route a été remis à un collectif d’artistes abstraits. Ces derniers plantent des ronds, des triangles, des losanges, des carrés un peu partout, selon leur bon vouloir. Le conducteur n’est absolument pas tenu de les respecter. Il conduit comme il veut à la vitesse qu’il désire. (En moyenne, 1,5 fois plus vite que les chiffres indiqués.)
- Doubler par la droite est permis, il suffit pour cela de signifier sa présence à grands coups de klaxon ou, s’il est trop fatigué, en beuglant des insultes par la fenêtre. (OK, rien de personnel là-dedans, donc.)
- L’usage du klaxon, plus qu’autorisé, est un mode de vie, une religion. (Ça, j’avais compris.)
- L’usage du clignotant est prohibé ; le varois sait où il va, donc les autres conducteurs doivent aussi le savoir. (Ça, j’avais compris aussi, et ça m’éneeeerve !)
- La voierie n’est pas tenue d’indiquer les noms des rues ou des places. (On reste donc de la logique « le varois sait où il va », ok.)
- Tout étranger (06, 13, 14, 75, 84, ...) doit respect, humilité et déférence absolue. Il ne doit jamais, ja-mais, essayer de faire le malin. (C’était pas dans mon intention.)

Depuis, ça se passe beaucoup mieux, sauf à Nice, (sublime) havre de paix où il semble que les automobilistes aient pris des leçons de conduite avec de vrais professeurs. Changement trop dépaysant, j’en avais perdu mes repères.

L’année prochaine, cap sur l’Italie. Et si j’arrive à ne pas plier la voiture, l’année d’après, cap sur Mexico.


Porquerolles

Comme les rescapés de Lost, nous nous sommes échoués sur cette île inconnue au climat aride, au milieu d’Autres hostiles et de bêtes féroces*.

Bon, c’était plus ou moins prévu, et j’ai probablement scellé notre sort lorsque j’ai fait part au guichetier, d’une façon polie mais résolue, de mon envie d’acheter deux billets pour Porquerolles.

Nous subodorions qu’il y aurait des Autres, mais nous avions sous-estimé leur importance ; alors que nous pensions partager les plages avec quelques pelés, un peu de rougeauds, quatre/cinq familles hurlantes et deux douzaines de cagoles et de kékés, il s’est avéré que nous avions eu la même idée que tout le bassin méditerranéen réuni. Fin de saison, fin de saison, mon séant, ouais.

Nous ne savions pas que l’autochtone était perfide et qu’il louait des vélos mozambiquiens équipés d’antivols fugueurs, de selles à la technologie suppositoire ™ brevetée et de vitesses uniquement décoratives. Lorsque nous avons eu les deux derniers vélos de toute l’île, nous avons loué notre bonne fortune ; après 500 mètres, nous avons douloureusement compris que la chance aurait été de ne pas trouver de vélos, ou bien, étant donné l’étonnante proximité du pédalier et de la selle, d’être deux culs-de-jatte en goguette.

Nous ne savions rien non plus des difficultés des petits producteurs locaux de pans-bagnats, contraints de ne mettre que deux rondelles de tomate et une d’œuf, une vieille feuille de salade et trois miettes de thon en boîte car leur île n’est reliée au continent que par une petite quarantaine de navettes par jour.

Enfin, nous ne nous doutions pas que dans les paisibles calanques (troublées par les insupportables résidus de pilules défectueuses) résident de petits krakens à la recherche de chair fraîche et… hmm ? Comment ? J’exagère ? Des … ? Méduses ? Ah ? Hmm, ça m’ennuie, c’est un peu moins spectaculaire. Non, non, je vais me débrouiller avec ça. Je vais la jouer varoise, je sais comment faire.
Enfin, nous ne nous doutions pas que dans les paisibles calanques (gravement troublées par de sales morveux estrangers qui devraient plutôt préparer leurs rentrées comme d’honnêtes minots) résident des milliers d’énormes méduses** qui cherchent la bagarre et attaquent les honnêtes vacanciers (=nous, si). Nos jambes et pieds n’ont eu aucune chance***.


Porquerolles, tu m’as vue ?
Tu ne me verras plus.


* On a même un ordinateur qui sauve le monde tous les matins en nous indiquant le temps sur les plages. Ouais.
** Méduse je te hais, t’as beau être pluricellulaire, tu n’es qu’une saleté de raclure de la mer, abominable amas visqueux, répugnante morve de poulpe mou à bubons surinfectés, je t’exècre, reliquat gélatineux, je te maudis ! Tu m’as niqué ma mer !
*** Oui, illuminé lorrain, oui, mes dauilles, et trois d’un coup en plus, elles sont… elles… sont… dédauillées, bouhouhouhououhououuuuu



Le voyage de l’enfer

Parfois, tous les éléments décident de se liguer, et ni un sacrifice de poulet ni l’ingestion de cornes bouillies de chihuahua ne peut contrer la malédiction. Il faut tâcher de garder à l’esprit quelque chose de positif ; comme par exemple « ouais, ok, mais ce soir, je dors sur la Côte d’Azur à côté de mon Glubiglounet joli ».

Durant les deux heures et demie de trajet jusqu’à Paris, un chaton à peine sevré a miaulé à s’en assécher le gosier, sans pour autant mourir de déshydratation et la clim ne fonctionnait pas dans le wagon.
Ouais, ok, mais ce soir, je dors sur la Côte d’Azur à côté de mon Glubiglounet joli.

A la consigne de la Gare de Lyon, le type de la sécurité me prend pour une niaiseuse et tient absolument à m’aider, les sushis au saumon du seul japonais ouvert à Bastille ont dû mariner pendant quatre jours dans les chaussettes de Zidane pour avoir ce goût de vieille sueur fumée ignoble, et le prix de l’heure de connexion au web café est tout à fait prohibitive.
Ouais, ok, mais ce soir, je dors sur la Côte d’Azur à côté de mon Glubiglounet.

Retour à la gare de Lyon, un pigeon à une patte rate son rase-mottes et atterri à moitié dans mes cheveux, m’arrachant au passage quelques cheveux. Les panneaux d’affichage annoncent de deux heures à vingt minutes de retard à l’arrivée et au départ de Paris.
Ok, mais ce soir, je dors sur la Côte à côté de mon Glubiglounet.

Dans le train, la greluche en face de moi raconte toute sa vie au téléphone et à tout le wagon. Une petite fille de quatre ans prend place de l’autre côté de l’allée, avec une mère qui a l’air bien fatigué. Un petit garçon de cinq ans s’assoit juste à côté de moi. Il y a six enfants en bas âge dans mon wagon.
Ok, mais ce soir, je dors sur la Côte avec le Glubiglou.

La petite fille est en fait la progéniture cachée de Hadès et le petit garçon est le très attendu Antéchrist. Trois heures qu’ils hurlent, sautent, se chamaillent, pignent, font des caprices, chouinent, chantent à tue-tête, se disputent, pendant que leurs mères s’échangent des conseils d’éducation. Elles finissent par menacer de sévir au bout de 3h30. Mais elles se ravisent rapidement, amusées parce que le petit garçon de CINQ ans vient de ROULER UNE PELLE à la petite fille de QUATRE ans. Une des mères capte mon agacement et mon exaspération et me fusille du regard.
Mais ce soir, je dors sur la Côte avec le Glub’.

Le taxi nous informe que son compteur est cassé et qu’il ne faut pas en tenir compte, qu’il nous indiquera le prix une fois la course terminée, deux euros du km plus la prise en charge.
Et ce soir, le Glub’ va me ronfler dans les oreilles sur la côte nianiania.

On arrive au gîte. Et il y a le wifi.
Et ce soir, après avoir relevé mes mails / blogs / comms / news pipole, je dors sur la Côte d’Azur avec mon Glubinounet.


Allô Paparazzi

Y’a quand même des sacrés chouettes trucs sur internet.

Oui, ceci est une introduction navrante, mais ne la ramenez pas trop, sinon je sors sa presque jumelle en conclusion, celle qui commence par « Depuis la nuit des temps, … ». De toute façon, je n’ai pas mieux, parce qu’après avoir découvert ce site, c’est exactement ce que je me suis dit. « Y’a quand même des sacrés chouettes trucs sur internet. »

Il y avait déjà la désopilante Boîte à Meuh, le site d’utilité publique pour l’instauration de la Fête National du Slip, YouTube et ce clip merveilleux de Mozinor empreint d’une poésie rare qui touche droit au c… hmm, cœur, oui, ou en tout cas vrille mes zygomatiques et en fait couler des larmes de bonheur sur mes fraîches et délicates joues.

Et maintenant il y a le site de la « face recognition », formidable joyau de technologie qui est capable de dire à quelle star on ressemble le plus.

Un petit conseil pour les curieux qui souhaitent tenter la mirifique expérience de la face recognition : choisissez une photo sur laquelle vous êtes à votre avantage. Le site ne prend pas de gants et se fout éperdument que vous ayez coché la case « fifille » lorsqu’il décide de vous asséner avec une conviction toute scientifique que votre pimpant minois est proche à 60% de celui de Keith Richards.
J’ai cherché, aucun soutien psychologique, aucun numéro d’appel d’urgence n’ont été mis en place pour les victimes en état de choc.

Heureusement, j’avais une chouette photo de moi.
Une qui a permis de déterminer que je ressemblais finalement plus à Eva Mendes (74%) qu’à Keith Richards. Je préfère. Je vois pas trop, mais je préfère.

Glibougru, par contre, a très mal pris la nouvelle. Il se voyait Paul Newman jeune, mais le couperet, intraitable, est tombé, brisant en mille morceaux ses espoirs les plus profonds : Ashton Kutcher, 71%. On voit pas trop trop non plus, mais il y a quand même plus désagréable comme nouvelle que de ressembler à Ashton Kutcher.

Forts de notre nouvelle prise de conscience de notre talent inné de sosie de gens connus, nous avons décidé d’aller frimer sur la Côte d’Azur. Vers Caaaannes, vers Niiiiice, vers Grââââce.
Dans les jours qui viennent, des tabloïds risquent d’affirmer qu’Ashton a quitté Demi pour Eva, puis Eva pour Keith, puis qu'Ashton est avec Eva ET Keith, et leurs concurrents diront que non, enfin, point d’Eva ni de Keith, Ashton est avec Liv (Tyler, 72%), et certains autres essairont de démontrer que Liv est avec Robert (Downey Jr, 64%) et ce sera la pagaille, et nous aurons un chouette album de vacances.

Chouette chouette chouette, même pas la peine de prendre un appareil photo, si ça se trouve je n'aurai pas besoin de louer un âne pour porter mes bagages. (Oui, je saiiis, 6 paires de chaussures, c'est trop, mais je n'arrive pas à prendre une décision.)


PS1 : Vide ton cache, grand canaillou, on passe en config' vacances, kss kssss ksss ksss kssss kssss...
PS2 : sois rassuré, petit filou, paraît que dans le sud aussi, ils ont l'ADSL.