Brume


Paris, 14 octobre 2007
(Oui, il est temps, à présent, d'ouvrir les vieux Moleskine)

Dans la série
"le matin est un concept odieux qui sait parfois se faire pardonner",
après les flammes sur Paris,
voici la brume sur la campagne normande.


Je prendrais bien un chocolat viennois avec des scones au beurre et à la confiture.

"Je n'aime pas les filles un peu ronde, c'est un manque de contrôle".

Après avoir entendu sa phrase, j’ai distinctement entendu un petit râle d’agonie. Ensuite ? Une longue seconde de silence. Enfin, le son du vent qui s’engouffrait dans sa tête, rentrant par une oreille, sortant par l’autre. Rangez donc vos téléphones, je n’ai pas fait preuve de manque de contrôle ; son dernier neurone venait simplement de rendre les armes, impuissant, fatigué.

Et c’est en entendant la résonance particulière du vide que j’ai compris que cela ne servirait à rien de lui demander de développer sa pensée. Il aurait fallu pour cela lui expliquer le sens du mot « misogynie » et de l’expression « pervers narcissique ».

Inutile de lui demander la raison pour laquelle il est à ce point rédhibitoire de ne pas contrôler chaque aspect de sa vie. Inutile de lui dire qu’une personne qui se laisse tenter est une personne humaine, que la gourmandise n’est pas un péché mais un sain trait de caractère.

Vain de lui expliquer l’anorexie, la boulimie, la culpabilisation que provoque le rabâchage de ce type de « pensée » absurde, inutile de lui dire le poids des carcans, la violence du paraître.

Quant à essayer de lui faire entendre que la minceur, comme la maigreur, n’était pas une vertu ni une valeur, perte de temps.

Voyez-vous, ce n’est pas qu’il est méchant. C’est juste qu’il est bête.


Feu


Paris, 14 janvier 2009

Le "matin" a beau être un concept parfaitement déplaisant, il offre parfois un spectacle merveilleux.
Allez, on arrête de grogner, aujourd'hui sera une bonne journée, c'est décidé.

Canidé original, droit de réponse de Monsieur Muche

« Méconnaissances, amalgames, approximations, honte sur eux ! »

Voilà chers internautes les quelques mots que je fulminais alors que je prenais connaissance des réactions à l’article précédent de Glibichette intitulé « Ouahouah. »
Et encore, n’eussent été ma pondération proverbiale, ma courtoisie légendaire et ma rigoureuse éducation, ce sont quelques expressions plus fleuries telle que « Pourquoi tant de haine, corrompus, éducation de m… » qui auraient affleurées l’onde de mes pensées.
Mais cela aurait présupposé la volonté de nuire chez les honorables commentateurs alors que de toute évidence leur démarche procède de l’ignorance.

Voilà pourquoi j’estime le temps venu d’endosser la toge du maître pour dispenser la lumière de la connaissance canine sur un monde de toute évidence plongé dans l’obscurité.

Le Clapoto des fourrés, puisqu’il en est ici question, descend en droite lignée du fameux Frunhärd à poils semi épais (Freçï unyär Mylkit) importé d’Oural par les hordes Tatares en 1612. Le 26 juin pour être précis, après la période de quarantaine réglementaire au poste frontière de Baden-Baden.

La nature de son pelage trop léger pour s’adapter au rude climat montagnard, trop fourni pour supporter les chaleurs estivales du sud et trop soyeux pour les bretons, l’amena naturellement à trouver en plaine le terreau de son épanouissement. Notamment dans les régions marécageuses du Morvan et du Cher.

Doux avec les enfants, féroces avec les renards, docile, malicieux, rapide, intrépide, ce clébard devint vite la coqueluche (oups) des seigneurs du crû. Beaucoup ainsi, prirent l’habitude d’incorporer dans leurs meutes ce joyeux compagnon de battue.

Et du fil du temps en aiguilles des mutations, le Frunhärd perdit quelques longueurs de poils, sa truffe s’allongea, ses pattes se palmèrent et il devint apte à évoluer dans l’eau.
Mieux que flotter, moins bien que nager, voilà la définition de clapoter.
En terrain plat, un lieu d’embuscade ? Ne cherchez plus, c’est un fourré.
D’où aujourd’hui la quintessence française du chien de chasse des marécages mondialement connu sous le nom de Clapoto des fourrés.

Certaines âmes égarées vous certifieront que le Clapoto n’a jamais posé un seul coussinet dans de sympathiques fourrés champêtres, mais qu’il trouve son bonheur dans de sinistres forêts, au milieu des chênes, des hêtres ou des mélèzes (N°1 – The Larch).
Cette hypothèse ridicule s’explique par la confusion existante avec le Glapito des bois, remarquable fleuron français du chien de chasse forestier, qui attire le faisan en imitant à la perfection le cri du paon égaré. (Apparté scientifique : le faisan raffole autant du paon perdu qu’il se méfie des pandémies.)

Concernant le Forez, le dernier témoignage recensant la présence d’un Clapoto dans cette région, aux environs de St-Thomas-la-Gardé, vient de M. Emile Dufourche qui déclara en 1899 à la Gazette de Grezieux-le-Fromental « Pour sûr que j’avions vu une drôle de bestiau roder autour de la bâtisse de monsieur le maire. Noir comme le diab’ qu’il était. J’allions lui mettre un coup de fourche au cul, mais il a détalé comme un faisan devant une pandémie. »
Sachant que le pelage du Clapoto n’est jamais noir et qu’il ne fuit devant personne, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que M. Dufourche se trompait. Il s’agissait sûrement d’un caniche ivre s’étant égaré au retour du fameux carnaval pour cabots ridicules de St-Romain-la-Puy qui à l’époque se déroulait une fois l’an le 04 avril.

Quant à l’évocation d’un Clapoto des Forets, je préfère passer le dossier à Mulder, Scully et leur ingénieuse équipe de traqueurs du surnaturel. Etant donné la délicatesse de l’ouïe du Clapoto, il ne saurait s’approcher à moins de quatorze kilomètres d’une perceuse. Si quelqu’un affirme avoir vu un Clapoto près d’une perceuse, c’est que ce n’était pas une perceuse.

L’honorable et fort cultivé Olivier nous a judicieusement fait part de l’existence d’un Clapoto des Faurés qui pratique habilement de l’orgue.
Après enquête, je suis en mesure d’apporter quelques précisions.
Il répond au doux nom de Cunégond, c’est LE Clapoto des Faurés, puisque les deux autres chiens sont un golden retriever et un fox terrier (resp. Mathilde et Flashy Flash).
L’orgue sur lequel il joue est en réalité un synthétiseur Bontempi connu pour usurper largement l’appellation d’orgue, acheté pour les huit ans d’Ernestine Faurés en 1989. Livré avec sa méthode d’apprentissage, il permettait une maîtrise de l’instrument en moins d’un mois. Ce qui réduit considérablement le mérite de Cunégond, sachant qu’il lui en a fallu deux pour jouer sans fausse note « Requiem pour une pantoufle. »
La maîtrise de la flûte traversière nous eut sans conteste beaucoup plus impressionnés.

De son côté, l’honorable Benoit mentionne le Clapoto des bosquets. Il s’agit tout simplement d’un jeune Clapoto en phase d’apprentissage du métier. Une fois son examen en poche, à savoir marquer correctement l’arrêt sur un canard en plastique jaune qui fait « pouêt », il sera libre d’évoluer dans tout fourré à sa convenance. Croyez bien que dès son instant, il dédaignera le bosquet jusqu’à la fin de ses jours.

Pour finir, Mika nous demande ce qu’il en est du Clapoto Subaquatique.
La seule fois où un Clapoto fut vu en train de pratiquer l’immersion totale et prolongée en milieu marin, c’est depuis le hublot d’un certain Yellow Submarine.
A ce qu’on m’a laissé entendre, il semblerait que malgré la profondeur, les occupants dudit sous-marin planaient sévère.
Autant dire que cette hypothèse farfelue n’a rien à faire dans un cours sérieux de haute tenue scientifique.


Ouahouah

Extérieur, jour. Monsieur de la Muche et Mademoiselle Truc marchent dans la rue quand résonne la voix d’une dame qui appelle « Michel ». Mademoiselle Truc inspecte alors la chaussée et les trottoir à la recherche de ce Michel, mais elle ne remarque qu’un chien qui joue à cache-cache entre deux voitures.

Melle Truc, étonnée – C’est le chien qui s’appelle Michel ?
M. Muche, aluni – Comment ?
Melle Truc, expliquant – La dame là-bas cherche son Michel, et je ne vois que le chien qui se trouve entre les deux voitures. Ça doit être lui ?
M. Muche, amarsi – Quel chien ?
Melle Truc, descriptive – Le chien, là-bas, là, de race, là, vous savez ?
M. Muche, asaturni – Non.
Melle Truc, tenace – Mais si ! Le chien ! De race euuuh, mais si !
M. Muche, atterri – Ah, un Clapoto des fourrés ?
Melle Truc, amusée – Voilà ! Un Clapoto des forêts !
M. Muche, pointilleux – Des fOUrrés, ma douce.
Melle Truc, précise – Non, des fOrêts, mon aimé.
M. Muche, entêté – Des fOUrrés.
Melle Truc, têtue – Des fOrêts.
M. Muche, entêté – Ça suffit ! Des fOUrrés.
Melle Truc, têtue – Non non, des fOOOOOrêts.
M. Muche, agacé – Mais ça suffit à la fin ! C’est moi qui l’ai inventée, cette race de chien ! C’est moi qui décide ! C’est un CLAPOTO, de CLAPOTER, le Clapoto est dans un environnement MARECAGEUX, là où il y a des FOURRES !
Melle Truc, réjouie – Ah ! CLAPOTO de CLAPOTER, OKAY ! C’est un chien qui CLAPOTE dans les petites RIVIERES des FORETS !
M. Muche, outré – N’importe quoi ! C’est de l’amateurisme ! Ridicule ! Rien d’étonnant quand on vous connaît de savoir que des gens appellent leur Clapoto « Michel » !
Melle Truc, d’accord – Ah ça, Michel, c’est pas un nom de Clapoto, c’est sûr. Le Clapoto devrait s’appeler « Tornade ». Ou « Orage ». Ou « Youpi ».
M. Muche, enchérissant – Ou « Ardent » ! Ou « Fiévreux » ! Ou « Brulant » !
Melle Truc, moqueuse – Voilà ! Ça, ce sont des noms de Clapoto des forêts.
M. Muche, entêté – Des fOURRés. Ce sont des noms de Clapoto des fOUrrés.
Melle Truc, têtue – Non, des fOrêts.


(Ad lib)