Conte de Noël

Il était une fois une Tendre et Clémente Princesse à la chevelure dorée qui n’avait pas de manteau. Sa mère, l’Auguste Majesté Maman, ainsi que sa sœur, la Très Gracieuse Princesse Loune tentèrent tout ce qui était humainement possible. On alla dans tous les magasins du monde, par monts et par vaux, par Zara et H&M, mais rien n’y faisait. La vilaine sorcière Zara se bornait à tailler des manteaux pour les menues dames qui se faisaient limer la largeur des os tandis que la malicieuse sorcière Hachéhaime s’entêtait à fabriquer les manteaux dans des tissus douteux aux couleurs étranges. On eût beau faire des offrandes au Très Saint Comptoir des Cotonniers, rien n’y faisait : on refusait à l’Adorable et Miséricordieuse Princesse le geste honorable qui eût évité à sa menue bourse de trop souffrir.

L’hiver et son glacial souffle arrivèrent au Royaume. Notre Très Douce et très Gentille Princesse restait enfermée dans ses appartements, seuls lieux où elle ne craignait pas le froid grâce aux Radiances Chaleureuses des Radiants et à sa grenouillère en pilou-pilou. La journée, elle restait à sa fenêtre à regarder les autres jeunes personnes du Royaume se promener dans les parcs. La nuit, telle le Blond Phénix (si, si), elle attendait sa Renaissance pour enfin faire ce qui lui plairait. Les mages avaient prédit cet heureux événement vers le mois de mai.

Elle profitait de son statut de recluse entre les murs du Palais pour préparer les Somptueuses Fêtes de Noël. Décorations, menus, emballage des cadeaux, elle occupait son temps bien au chaud, sous l’œil aimant et désolé de sa famille.

Le 24 décembre vint, et le Palais se remplît de convives en tenue d’apparat et de Ferrero Rochers. On fît la fête, on mangea, on but, on dansa. Minuit sonna, la dinde aux escarpins de vair redevenait souillon, tandis qu’apparurent sous les yeux émerveillés de notre Magnanime et Délicieuse Blonde Princesse deux énormes paquets cadeaux.

Le premier contenait un sublime et très tendance manteau ¾ noir en laine, double boutonnage, col amovible. L’Auguste Majesté Maman avait en effet, sans en informer notre Princesse, demandé aux fées Naf et Naf de fabriquer un manteau pour sa bien aimée fille.

Dans le second paquet était plié un magnifique et indémodable manteau ¾ beige en laine et cashmere, simple boutonnage, col rond. Le Superbe Roi Papou, dans le plus grand secret, avait commandé aux Fées Tara et Jarmon un manteau pour sa bien aimée fille.

La Blonde Princesse, émue, embrassa et remercia ses Adorables Royaux Parents.

Et ils se marièrent et eurent bien chaud en hiver.

La Bulle, châtain foncé, deux ans, c'est trop facile mais quand même

Il faut pas crier sur le chat, sinon le chat il va pleurer.

La Magie de Noël

Au moment de Noël, il y a deux types de personnes. Les prévoyants et les nullasses de la prévoyance.

Les prévoyants vont faire leurs courses de nappes, serviettes, marrons, petits fours, champagne, saumon, foie gras et vont réserver la dinde et commander la bûche la semaine précédent Noël. Parce qu’ils sont prévoyants.

Les nullasses de la prévoyance, eux, font un conseil de guerre pendant la pause déj du 24. Les nullasses géniteurs annoncent lors de ce conseil à nullasse-fille qu’elle ira courir tous les Champion, Leclerc, Super U, Picard, Auchan, Monoprix, Intermarché de la région jusqu’à obtention de l’intégrale totalité entière des produits qu’ils vont lui dicter si elle veut dormir au chaud ce soir, prends donc une copie double à petits carreaux ma fille.

Je n’étais jamais allée faire des courses l’après midi du 24. Un genre d’instinct de survie me retenait de mettre un bout de nez dehors à cette date. Survie. Absolument. Non, je n’exagère pas.

Me voilà donc la liste comparable à un parchemin d’aboyeur public dans le sac, pas vraiment encore consciente de ce qui m’attend. Aux abords des parkings, j’ai compris que la tâche serait périlleuse. Après avoir tourné trois fois dans les allées et avoir vu quatre places me passer sous le nez, j’ai eu envie de jouer aux auto-tamponneuses. Lorsque je suis entrée dans le magasin et que j’ai vu la queue aux caisses, j’ai eu envie de pleurer. Quand j’ai vu ces couples de petites vieilles déambulant telles des zombies, et quand un de ces couples m’a fusillé de ses quatre yeux grossis par des loupes car j’avais eu l’audace de refermer la porte des surgelés, j’ai pris peur. Lorsque la même mère de famille camouflée sous une montagne de mouflets morveux et criards m’a roulé sur le pied avec son caddie rempli à ras-bord pour la quatrième fois, j’ai souhaité qu’elle tombe enceinte de sextuplés. Et lorsque j’ai vu qu’il ne restait qu’une boîte de marrons de la-marque-qu’il-faut-absolument, j’ai eu envie de piétiner le couple à côté en songeant que tout était à recommencer ailleurs : approcher la grande surface, trouver une place, contrer les vieilles, trébucher sur les kiki-à-leurs-mémères, éviter les caddies, faire la queue aux caisses.

L’esprit de Noël, c’est magique. On se fait marcher et rouler sur les pieds avec magie, on se fait bousculer avec magie, on se fait piquer le saumon dans la main avec magie, les priorités à droite deviennent des priorités à gauche comme par magie, les deux personnes devant nous aux caisses deviennent trois par magie et c’est pure magie si la carte bleue continue à passer après les quatre différents magasins qu’on vient de faire pour pouvoir cocher tous les éléments de la liste.

Noël prochain, si c’est encore à moi de faire les courses, c’est aussi moi qui ferai le menu. Un menu magique avec tout ce qui sera déjà dans les placards. Joyeux Noël.