Le Gaillard, blondinet Guitrysé

Pour clore une discussion que je refuse de lâcher :

« Je crois qu'on peut avoir le dernier mot avec toi. Quand ce mot est "d'accord.". »

Ce qui ne signifie pas qu'il ne faut pas se battre pour que le dernier mot soit autre.

Y’a pas que les mosquitos qui piquent-piquent-piquent dans ta chair

Hier après midi, le roukmoute et moi étions de docteur. Pour concurrencer ma broncho-tracheo-angino-sinusite, le chat a en effet décidé de s’ouvrir le coussinet de la patte avant gauche. (Le premier qui dit que mon chat est aussi maladroit que moi aura droit a un coup de griffe)

Médecin, compatissant - Oulala, en effet, ça ne s’est pas arrangé. Il y a un sale virus qui traîne en ce moment, très tenace. Je vais appeler le laboratoire d’analyses, tu as un peu de temps devant toi pour une prise de sang ?
Lilli, tremblotante - Euh oui, mais heu…
Médecin, au téléphone - Oui… oui… Très bien, merci. Elle arrive tout de suite. Vous me faxez les résultats ? Super. Merci !
Lilli, pas rassurée - Mais je ne suis pas à jeun, je…
Médecin, paternel - D’une, cela ne poserait pas vraiment de problème, et de deux, je te connais par cœur, Eulalie, tu ne déjeunes jamais le matin. Allez hop hop hop ! Filez, fillette !

Retour voiture, le chat me fusille du regard en miaulant ce que je pense être des insanités. Je lui réponds donc « Miowwww rrrmâââââ kssssss », qui, selon moi, veut dire « T’as un sursis le roux, faut que je passe au labo avant d’aller te faire piquer chez le véto ».

Chez les tireurs de sang, quelle chance, pas d’attente. La petite pièce dans laquelle je suis le laborantin me rappelle la fois, il y a quelques années, où, à cause d’un jeune homme qui avait trop appuyé sur la seringue, j’avais retiré mon bras. Comme ce dernier était comprimé par le garrot, le sang avait giclé sur les murs blancs, la porte en verre, mon sweat rose pâle, mon jean et le jeune laborantin hystérique. Le plus rigolo avait été à la sortie, lorsque les personnes qui patientaient et qui avaient vraisemblablement entendus les cris, m’avaient vu réapparaître les bras bleus et les fringues ensanglantées. La seule déception a été de découvrir que mon sang n’était même pas rose.

Malgré ce cocasse souvenir (hihi, cocasse, c’est cocâââsse, non ??), j’ai toujours une vraie appréhension des prises de sang. Je me suis donc laissée faire en fermant les yeux.

De retour dans la voiture, le roukmoute, qui avait essayé de sectionner avec les dents la grille de sa boite de transport, m’accueille avec un râle haineux. Il se radoucit tout de suite et essaie de faire du charme lorsqu’il reconnaît la porte de la clinique vétérinaire. Prostré dans le fond, il tremble et essaie de m’amadouer. Compte pas là-dessus, roukmoute, j’ai eu ma piqûre, tu auras la tienne.

Le jeune et joli vétérinaire s’est méchamment fait entailler la main lorsqu’il a voulu sortir roukmoute-Freddy de sa caisse. (Etonnant, depuis le temps, qu’il ne se soit pas procuré des gants de fauconniers !) Il s’est ensuite fait cracher dessus lorsqu’il a essayé de lui saisir la peau du cou pour lui faire sa piqûre.

Parfois, j’aimerais être un chat. Ne pas avoir de scrupules à griffer, mordre et cracher sur le persécuteur piqueur, et en plus, être totalement pardonné quand on le fait… ce doit être jouissif. Bon, forcément, il faut manger des croquettes. Peut-être que je réussirais à négocier des Chocapics dans mon lait ?

# 23


Twelve very short stories by modern authors

C'est presque ça ! Merci Tactus !