Allô ?

Détail important de mon caractère, qui passe pourtant inaperçu sur ce carnet : je suis une grande sentimentale. Pas une sentimentale qui pleure sur le quai du train quand elle quitte ses parents pour une semaine de vacances. Pas une sentimentale qui met des heures à raccrocher au téléphone. Non, je ne suis pas une sentimentale commune. Je m'attache aux choses (et aux chats, il paraît que c'est une caractéristique commune à tous les collaptes dorés). Ainsi, quand il a fallu prendre la terrible décision de me séparer de mon vieux et loyal téléphone portable, j’ai senti mon cœur se briser en tous petits morceaux.

Mon vieux Nokia rouge ? Lui que j'appelais "ma puce" dans l'intimité, à qui j'ai susurré des mots d'amour alors que mes correspondants interloqués pensaient qu'ils leur étaient destinés? Avec ses belles touches centrales en forme de triangle ? Moucheté de doré sur les tranches ? Mon vieux compagnon de deux ans et demi, treize centimètres, qui m’a accompagné, sur mon cœur, dans la bride de mon sac croisé ? (le premier qui dit "ah oué, entre tes seins en fait" se prend une rafale de coups de boules) Mais mes proches refusent de converser avec moi plus de vingt secondes d’affilée. La faute à un grésillement persistant qui vrillait les tympans fragiles de mes interlocuteurs. Avec le temps, les grillons ont cessé de jouer leur douce mélodie annonciatrice d’appels entrants. Il était comme ça, mon vieux Nokia, exclusif, et il a fait le vide autour de lui. Il était devenu mon seul ami, se signalant à moi par de réguliers "bip" réclamant affection et batterie. Jamais plus je n'entendrai plus ses "bip" si doux.

Il était en train de rendre l’âme, et je l’ai achevé le soir où je suis allée surfer sur le site de mon opérateur. Oui, je l'ai trompé.

Ce matin, dans une petite boite blanche, le remplaçant est arrivé. Je l’ai pris, fébrile, dans le creux de ma main. Et devant le rétro-éclairage bleu, le remord m’a saisi à feu vif. Comment puis-je préférer l’écran 65536 couleurs de ce gadget ? Mettre ainsi à la retraite un compagnon qui m’a toujours été fidèle ? Je commençais à étudier les modalités pour faire valoir mon droit de rétractation quand … j'ai découvert le clapet actif.

J’ai troqué mon âme contre ce bijou de technologie. Timohël, consolateur, aura tout tenté « sèche tes larmes. Elles sont dignes et humaines. Mais le temps du grésillousi est révolu. Le nouveau trouvera sûrement une place de choix dans ton cœur. » (Vous aussi vous le soupçonnez de se foutre de maggle, hein ?)

Alors voilà. Le gros nokia rouge aux tranches dorées et à la super sonnerie est retourné dans sa boiboite. J’ai maintenant en main un téléphone technologique design tendance frime, fraîchement baptisé Jessica-Rabbit. Mais connement, dans la manip, j’ai perdu tous mes contacts. Dans un dernier élan désespéré, mon Nokia les a avalés. R.I.P.

# 25

Darth, il est même pas capable de cadrer correctement une photo quand il conduit à 120km/h sur une autoroute.


Mais je le remercie quand même.
(Dites les chouchous, faudrait voir à pas vous casser quelque chose : le premier qui se tue a perdu !)

Les seins à l’anis d’Annie donnent à son décolleté un goût anisé

Les moins poissons rouges d’entre vous auront retenu que je suis à la recherche d’un emploi.

Chaque jour, je reçois des offres toutes plus intéressantes les unes que les autres (si j’avais 10 ans d’expérience ou si je souhaitais effectuer un stage non rémunéré) grâce à mes agents ANPE, Keljob ou Emploicenter. (« Traoumad », « Taïaut », et « Buzz l’éclair » de leurs petits noms, et non, contrairement aux apparences, je ne recherche ni une place de bigoudène crêpière, ni de sonneur de cors de chasse, ni de dessinateur 3D)

Chaque semaine, je vais faire mon petit tour sur les sites des grandes firmes pour consulter leur domaine « carrières ».

Aujourd’hui, c’était le tour de Pernod Ricard. Je n’aime pas particulièrement l’anis ou le whisky, mais j’adorerais dire « Non, Joséphine, je ne peux pas déjeuner avec toi ce midi, j’ai un déj de travail avec mon boss, Francisco de la Vega ». C’est superbe, « Francisco de la Vega ». Je l’aime déjà. Je laisse des messages d’amour à sa secrétaire depuis des mois. Il fait l’inaccessible, mais je sens qu’il sera bientôt prêt à succomber.

Mais je digresse. J’arrive donc sur le site corporate du groupe, et je lis, dans la colonne de droite « Changements de seins au Pernod Ricard ». « Tiens, drôles de mœurs, cette boite », me dis-je en mon fort intérieur. Je n’avais pas remarqué d’onglet « prothèses mammaires », pourtant… Que signifie cette phrase ?

L’entreprise fait-elle refaire les poitrines de ses employées pour avoir une meilleure image ? (« Jamais, oh non, jamais on ne dira, Madame, que les collaboratrices de Pernod Ricard ont des petits nichons ! ») L’entreprise tente-t-elle de lancer sur le marché un nouveau produit, des prothèses à l’anis, kit de survie de l’anisophile en vadrouille ? Dois-je me faire aniser les seins pour que ma candidature soit étudiée ?

Francisco, rappelez-moi, je ne sais plus à quel vin me saouer.