Tapioca recommencer

Je continue à rassembler mes souvenirs et à les consigner pour qu’ils ne disparaissent pas avec le temps. Les émotions remontent, les larmes aussi, mais elles sèchent bien vite en laissant place à une grande tendresse.

En décembre dernier, alors que nous avons passé le jour de Noël avec l’image d’une Mado étendue sur son lit d’hôpital, faible, les bras et les cuisses bleuis par les incessantes piqûres et prises de sang, j’ai déjà eu ce besoin de retrouver des sensations et des goûts d’enfance.

Besoin très vite assouvi après un petit saut dans une grande surface. Enfin, soyons précis. Le besoin n’était pas simplement d’acheter une petite boite de tapioca, et c’est là que ça se complique.

Les plus assidus commencent au choix à se frotter les mains ou à se désoler de mon incompétence chronique tandis que les autres vont aller suivre ces liens , ici, , et puis ici aussi pour comprendre les autres. A noter que ceux qui souhaitent se rafraîchir la mémoire le peuvent aussi.

Or donc, pour faire cuire du tapioca, il faut écouter du Dalida et maintenir le lait à une température proche de l’ébullition pendant 7 à 10 minutes. Mais attention, Bambinette, jamais le lait ne doit bouillir ; lait bouillu, lait foutu, c’est connu.
Evidemment, lorsque le lait a débordé, la voix de Bambinette n’est pas restée câline et sa musique, à défaut d’être plus jolie que tout le ciel de l’Italie, est devenue passablement … colorée lorsque qu’elle a dû troquer sa mandoline contre une éponge pour gratter la cuisinière.

La tête entre les mains, scrutant la petite boîte de carton à côté d’une cuisinière scintillante, passablement agacée mais pas découragée pour autant, j’ai constaté que, si mon problème ne pouvait être dénoué par les ondes mentales que je m’échinais à essayer d’envoyer, je pouvais tenter de le résoudre avec des micro-ondes.

Mais je me suis peut-être enthousiasmée un peu vite.
Et mon enthousiasme doit être bigrement contagieux.
Parce que le lait, d’un enthousiasme débordant, a décidé de repeindre l’intérieur du micro-ondes.

Tout en épongeant l’inox, j’ai essayé de lui expliquer que son rôle était plutôt de rester dans le bol, et non pas de s’éparpiller partout. Pour essayer de le contenir, je l’ai recouvert d’une cloche.

Mais la cloche s’est révélée être à la solde du grand complot qui vise à m’obliger à déserter les cuisines. Elle s’est collée au récipient puis s’est déformée, sans empêcher le lait de gicler dans tous les sens. Elle est ensuite restée comme soudée au bol à cause des grains de tapioca, et il a fallu moult renfort d’eau bouillante pour décoller ces nouveaux amants.

Non, ce n’est pas simple de faire du tapioca. Pourtant, quelques packs de lait, boîtes de tapioca plus tard, j’ai enfin réussi à piger le truc de la cuisson : une surveillance soutenue et inébranlable.

Restait à trouver la bonne proportion lait / tapioca et à soumettre les papilles aux différents tests ; sucre blanc, sucre roux, gousse de vanille, extrait de vanille, chocolat, ovomaltine, …

Et samedi soir, j’ai trouvé. Il fallait juste un peu de sucre de canne.
Samedi soir, j’ai mangé du tapioca sur les genoux de Mado. Et j’ai souri.


Les JO, GO des moules hivernales

Une nuit, insomnie aidant, je me suis calée sur une chaîne du service public qui retransmettait les prouesses des acharnés de la performance. (Non, pas ceux là, « chaîne du service public », j’ai dit)

Le jour suivant, le programme de la journée de half pipe (rhoo, mais non, ça se prononce païpe, enfin, chaîne du service public !) s’avérant plutôt distrayant, je suis restée toute la journée dessus, profitant des quelques décrochages pour aller me laver et chercher la bite de chocolats offerts par mam. (Hmmm ? Ah, bah c’est malin, avec vos bêtises je fais rien qu’à me tromper maintenant !! Ma MAMAN m’a offert une bOite de chocolats.)

Rapidement, j’ai pris l’habitude, et, de fil en aiguille, j’en suis arrivée à faire la moule (s’il vous plaît, ne soyez pas vulgaires non plus) devant le boarder cross, le saut à ski, le bobsleigh, le ski acrobatique et même le short track, avec cependant des impasses sur le combiné nordique et le hockey, parce que, faut pas déconner non plus, dans le premier il y a tellement peu d’action qu’on s’ennuie (je parle toujours de combiné nordique) et dans le second, le palet est tellement petit qu’on ne sait jamais où il est (sans commentaire).

L’autre jour, j’ai eu l’impression d’avoir touché le fond en pensant « rha, zut, le curling n’est pas diffusé, c’est con j’aurais bien aimé les regarder astiquer la glace. » (La glace !! Astiquer la glace !! Vous êtes en manque ou quoi ?!) Terrifiée par l’énormité (là, il faut lire en entier la phrase) de cette pensée (voilà, c’est la pensée qui est énorme), je me suis mordue les joues (oui, mais non, en fait), et pour oublier, je me suis faite (vous ne savez pas lire ?! il faut aller jusqu’au point au bout de la phrase !) la finale féminine du boarder cross.

Pourtant, le vrai fond, je l’ai atteint ce soir, alors que, zappant, j’ai entendu Annick vanter le porté réalisé par les patineurs grands bretons. Peu intéressée par le patinage artistique, je suis tout de même restée sur la chaîne pour regarder ce que ce porté avait de si enthousiasmant. Et là, c’est le drame :

« Oulalah oui dis donc, c’est vrai qu’il est joli ce porté ! »

Avec de l’émerveillement dans la voix.
J’ai peur.
Si ça se trouve, après ça, plus jamais ma vie ne sera la même.
Si ça se trouve, je vais m’acheter un costume de poupée de foire ou un avec ces superbes découpes en tissu imitation peau.
Si ça se trouve, je vais devenir accro aux sports télévisés.
Ou, pire, je vais devenir porno star hannnn non non !!! Sportive ! Je vais devenir sportive !



Mentions spéciales d’affligeante nullité décernées à :
- Philippe Candeloro pour ses remarques frisant l’obscénité. Il avouera par exemple à la fin que l’allemande et ses « jolies petites fesses » (sic) lui ont manqué pendant cette compétition. Il demandera un peu plus tard à Nelson d’arrêter de s’exciter sur les compétitrices parce que « c’est moi qui vous ramène à l’hôtel et je voudrais pas passer un sale quart d’heure si vous voyez ce que je veux dire » (sic, encore) (Toujours sévices publics, euuh, non, service, oui euh, ‘ttendez j’ai un doute, Nelson qui se fait Philippe dans l’ascenseur d'un hôtel italien, c’est service public ou pink TV ??)
- Annick pour son sens hors norme du français. « Aucune déduction technique ne peut être inculquée ». Sic, malheureusement.


Colère

J’ai essayé de me raisonner afin de penser de façon naturelle que chacun avait des réactions et une sensibilité différentes face à la mort, et qu’on ne pouvait pas juger le comportement des autres. Je suis consciente qu’on ne se sent pas toujours capable de trouver les mots qu’il faut, que certains pensent parfois que tout a été dit et qu’il ne sert à rien de répéter, je suis consciente qu’il y a une part culturelle ou éducationnelle (?) à nos actes, mais.

Mais je déborde de peurs, de larmes, de douleur. Cela se sait, cela se voit, et au-delà de ces « cela », c’est évident.

Et sans vouloir être psychanalysée ou tenue à bouts de bras, il y a des baisers que j’aurais aimé recevoir, des signatures que j’aurais aimé lire, des présences que j’aurais aimé sentir. Il y a un service, important à mes yeux, que j’aurais aimé voir rendu.

Qu’on ne me parle pas de respect de ma douleur. Le respect, c’est de s’effacer si la personne le demande. Pas de l’isoler malgré elle. Il n’y a pas de respect dans ce type d’absence. Il y a de la flemme, du manque d’envie, du manque d’affection, peut-être un gap d’éducation. Mais sûrement pas de respect. Ce n’est pas du respect de ne pas faire « l’effort » d’envoyer un mail, un message, une carte.

Il y a des dizaines de formules toutes faites. Et lorsqu’on reçoit quelque chose, les mots importent peu. Mais les sentiments qui ont été mis dedans, le fait qu’une personne qu’on aime se soit unie à notre chagrin, comptent.

Il paraît que dans les coups durs, on reconnaît ses amis. Alors ça, c’est fait ; j’ai trop d’une main pour compter ceux que ma peine peut toucher, ceux qui tiennent à moi.

Pourtant, il y aura eu de belles découvertes.

Certains lecteurs qui ont pris le temps de me témoigner leur sympathie et leur affection. Ceux qui ont souhaité partager avec moi leurs deuils et leurs histoires. Ceux qui m’ont donné de la lecture. Ceux qui ont cherché à répondre à mes angoisses avec des phrases bibliques ou des citations de prophète.

Certaines certitudes auront aussi été confortées. Ma cousine est décidément bien lumineuse, et son moustachu de mari, décidément bien formidable.

Et mon amoureux est vraiment un être extraordinaire.

Passée l’aigreur de cette solitude imposée, c’est cela que j’essaierai de garder, les belles découvertes. Histoire de bien utiliser mon énergie.