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Eulalie ,
mercredi 23 mai 2007 à
22:35 ::
Journal
Melle Truc, songeuse, a appris dans la soirée que Bradou et DGjorge-what-else (glimpse Adrenalynn) seraient à Cannes le lendemain.
Melle Truc, investigatrice - Est-ce que vous pourriez me pardonner si je vous trompais ?
M. Muche, circonspect - Une fois, je pense que ce serait envisageable mais difficile. Deux fois…
Melle Truc, réfléchie - Je pense que je ne pourrais pas vous pardonner, moi. Même pas une fois.
M. Muche, rassurant - Rassurez-vous, je ne compte pas vous tromper.
Melle Truc, attendrie - …
M. Muche, développant - J’ai déjà eu suffisamment de mal à vous faire succomber à mes charmes pourtant notoires, je ne compte pas me fatiguer à séduire une autre personne.
Melle Truc, picotée - Me voilà rassurée !
M. Muche, désolé - Et pis, j’ai pas d’occaze.
Melle Truc, crispée - C’est étonnant, vous qui savez pourtant si bien tourner des phrases douces aux oreilles des femmes.
Sur ce, Eulalie décida de se retirer dans ses quartiers afin de réfléchir à la pertinence d’aborder une telle question en pleine finale de la Champion’s League, le football annihilant, ce n’est pas nouveau, la sensibilité des hommes. (Attendu que pigner devant la défaite de l’OM face à Sochaux est une preuve d’émotivité et non de sensibilité) (Oui, je crois qu’on appelle ça un tacle) (Voire de l’anti-jeu très laid)(J’ai tout appris au contact de l’OM)
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Eulalie ,
vendredi 18 mai 2007 à
00:14 ::
Journal
Darwin avait tort.
L’évolution ne prend pas plusieurs milliers à plusieurs millions d’années. Peut-être lui faut-il tout ce temps pour transformer des mains de singes en pieds parfaitement formés pour rentrer dans des magnifiques santiags qui n’attendaient que ça (les santiags) mais à certaines occasions, l’évolution est capable d’aller bien plus vite, j’en ai la preuve.
Planquée dans un être d’1m78 qui exècre les rideaux pour une raison incompréhensible et dort, ou plutôt remue, gigote et cabriole dans mon lit, la voilà, ma preuve : les tissus mollasses des voies aériennes supérieures de Glibidou. Les affreux, les monstrueux de vilenie et de malfaisance provoquent, nuit après nuit, ces ronflements maudits qui fragilisent mon sommeil et écourtent mes nuits (et vice versa).
J’avais, en janvier dernier, réussi à surmonter le blocage psychologique rencontré à la simple évocation d’enfoncer dans mes oreilles délicates deux boules de cire, finissant par intégrer qu’il était impossible que la matière se dissolve, soit aspirée par mes conduits auditifs puis envahisse mon cerveau pour l’étouffer.
Les résultats de mes recherches étaient formels : même aux Etats-Unis, personne n’avait jamais été assassiné par ses boules Quiès (mais moi, j’avais une super idée de scénario de film d’horreur).
Les trois mois qui s’ensuivirent me virent baigner chaque nuit dans un repos réparateur et ouaté, et j’allais chaque soir d’un pas rassuré vers le lit, m’exclamant dans un sourire radieux « J’ai les boules ! ». Avec mes 10h de sommeil, je ne râlais presque plus sur les coups de genoux, de pieds ou de coudes nocturnes. Enfin, simplement les râleries syndicales, quoi (sans manifs ni grèves de la faim quand même, faut pas déconner).
Mais ce que je ne savais pas alors, c’est que le ronflement était une entité intelligente et autonome et qu’il évoluerait de façon à continuer à prendre son pied dans mes oreilles (ce scénario de film d’horreur devient meilleur à chaque seconde). Désormais, j’ai beau avoir inséré les boules dans mes oreilles, les ronflements de Gru me réveillent et m’empêchent de me rendormir. Ces trois mois lui auront suffi pour acquérir la puissance de nuisance sonore d’un moteur de Formule 1.
Non, je n’exagère pas, je compare avec les souvenirs d’un Grand Prix à Magny-Cours.
Sur ce, je me demande comment utiliser sa culpabilité. Expliquer la valeur sentimentale des rideaux en baillant ? Les bienfaits d’un régime à base de sushis saumon (ma gourmandise) en me frottant les yeux ? En profiter pour réexposer mon plan de cloisonner la chambre avec … des rideaux tout en clignant des yeux ?
Heureusement, le crime ne paie pas. Et l’oiseau matinal ayant établi sa résidence dans l’arbre juste devant la fenêtre de la chambre, réveille tous les matins el Glibou lors de sa séance de vocalises de 5h30.
Alors je planque les boules Quiès. Parce que moi, les chants des volatiles qui réveillent mon gros oiseau, ça m’endort.
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Eulalie ,
jeudi 10 mai 2007 à
23:39 ::
Journal
Lorsque nous avons décidé d’emménager ensemble, les jeunes fous que nous étions alors, enfin, la jeune et le fou que nous étions alors étaient, las, inconscients du fossé qui séparait nos deux conceptions de la décoration et de l’aménagement intérieur et ce malgré son indéniable goût pour les belles choses qui, j’allais m’en apercevoir, se limite à l'appréciation de la beauté féminine.
Pour notre appartement, nous avons finalement opté pour celui qui ne remplissait aucune de nos conditions respectives. Mais si cette solution s’est avérée payante (quoique plus payée encore), pour la location, il semble délicat de la renouveler pour, disons, habiller nos fenêtres.
Non pas que je sois lassée du show de Monsieur Tétons ; nous aimerions simplement ne plus exhiber mes nichons parfaits et ses magnifiques fesses galbées à des inconnus qui, à trop nous admirer, risquent de développer de fâcheux complexes et de jeter des cailloux dans nos fenêtres afin de nous faire revivre, une fois les frimas hivernaux revenus, l’enfer de la salle de bains maudite.
Grunichou l’Insensé, donc, que la démence ne quitte plus, veut poser des stores à chaque demie fenêtre.
Des stores ! Ah !
Je vois les plus humanistes d’entre vous s’attendrir. « Le brave homme ! », vous dites-vous, touchés par ce que vous analysez comme une juvénile insouciance. « Pardonne-lui, il ne sait pas ce qu’il dit. » Pour peu, vous lui pinceriez même les joues en souriant.
Rangez donc vos mains, bougres d’inconscients ! Cet homme là a perdu la raison, et d’après mes études sur son ancien appartement, il est possible qu’il n’en ait jamais été pourvu, de raison ! Cet homme est non seulement capable de mettre des stores, mais il l’a déjà fait !
Aussi fou que cela puisse paraître, il ne comprend pas pourquoi ma solution, applaudie, que dis-je, ovationnée par un collège d’experts reconnus (Dame ma Mère, Dame ma Tante, Dame ma Sœur, Damoiselle ma Nièce) est LA seule et unique option. Une tringle au plafond et deux immenses rideaux colorés et soyeux allant d’un bout à l’autre de la pièce.
Actuellement, l’aliénation ne le quitte plus. Dans ses crises les plus violentes, alors que j’objecte les avis raisonnés et impartiaux de mon collège de supporters, d’alliés, d’experts, il m’accuse de faire partie d’une secte dangereuse dont il faut rapidement contrer les insupportables déviances décoratives.
Au point où nous en sommes, c’est le premier qui aura fait son installation qui aura raison.
Et d’ici à ce que je rentre un soir et qu’il y ait du scotch aux fenêtres, il n’y a qu’un pas. Même l’évocation de « grimper aux rideaux » ne l’a pas fait me céder.
Va-t-il falloir que je me résolve à échanger mes rideaux contre une seconde armoire à chaussures et la totale cession des droits sur la télécommande pour éviter que notre salon ne ressemble à un bureau de fonctionnaire des impôts ?
J’étais pensive devant l’ordinateur, lorsqu’il s’est glissé derrière moi, jovial, et chantant à mon oreille qu’il avait trouvé la solution.
« J’accepterai que vous posiez des rideaux si vous acceptez que je pose des stores en dessous. »
Je vis avec un monstre.
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