Ce qu’on ne nomme pas n’existe pas.

Conversation téléphonique.

Melle Truc, préoccupée – Mon aimé, voici quatre lunes que vous êtes rentré avec cette nouvelle enfant qui, exclusive et remuante, demande beaucoup d’attention. Nous voilà à nous relayer pour qu’elle grandisse comme ses congénères et qu’elle s’épanouisse, au risque d’être meurtris de courbatures. Mes bras me font souffrir et mon état physique me rappelle celui de notre emménagement. J’ai compris que vous désiriez la garder avec nous et que vous la considériez et l’aimiez autant que les autres, et c’est la raison pour laquelle je souhaite que nous la nommions.
M. Muche, pas angoissé pour deux sous – Boarf.
Melle Truc, tourmentée – Boarf est déjà le nom de la portée de cannettes de bières, et je ne cèderai pas deux fois à la facilité d’un prénom onomatopéique. Ah mais alors.
M. Muche, zénitude absolue – Demain ?
Melle Truc, catégorique – Non.
M. Muche, dans un soupir – Je ne suis pas d’accord avec le principe d’un prénom commençant par « Wii- », oublions donc je vous prie les Wiinona, Wiinon et Wiilma. Vous avez opposé votre véto sur Aralé, je propose donc d’abandonner les prénoms japonais au profit de prénoms allemands. Après tout, elle est un peu un coach sportif, à en juger par l’absolue interdiction de vous effleurer le bras droit depuis trois jours…
Melle Truc, piquée – et par le fait que vous sautiez au plafond dès que je vous frôle l’épaule !
M. Muche, dans son élan – Moui, si vous voulez. DONC, fort de mon analyse EXTREMEMENT pointue et lucide, je propose : Guertroud.
Melle Truc, satisfaite – Moui, c’est pas mal, j’aime le principe d’un prénom allemand, mais pas trop Guertroud. Helke peut-être ?
M.Muche, formel – Non. Trop doux.
Melle Truc, enjouée – GUDRUN !!
M. Muche, ravi – OUI ! GUDRUN ! PARFAIT ! Je le savais, ma mie, que lorsque nous le trouverions, nous le saurions ! N'est ce pas là un moment à chérir ? Fixons ce bonheur pur en nous taisant 5 secondes. C’est parfait, Gudrun.
Melle Truc, contente – Oui, c’est chouette, Gudrun. Mais je pense par contre que nous devrions contrebalancer la dureté de ce prénom et lui en offrir un second plus doux.
M. Muche, en pleine réflexion – Gudrun-Françoise ?
Melle Truc, effrayée – Françoise ?!! Ah non, pas Françoise, pourquoi Françoise ?!
M. Muche, réfléchi – Il nous faut le prénom d’une amène et charmante provinciale qui ferait du vélo sur des chemins ensoleillés. Françoise c’est parfait. Françoise pourrait jouer dans une pub Le Chat Savon.
Melle Truc, circonspecte – Attendez, là, nous cherchons le prénom d’une amène et charmante provinciale qui fait du vélo sur des chemins ensoleillés et joue dans une pub pour Le Chat Savon ?!
M. Muche, fier de sa trouvaille – Tout à fait, ma belette, nous…
Melle Truc, joyeuse – OUI !! PARFAIT ! Gudrun-Belette ! Voilà qui est charmant ! Printanier !
M.Muche, circonspect – Le nom d’un animal ? Le second prénom doit être le nom d’un animal ? Et pourquoi pas alors en troisième, le nom d’un objet, puis celui d’un minéral, puis d’un pays puis d’une planète ?! Gudrun-Belette-Tabourette-Emeraude-Islande-Jupiter ?! Lillounette, vou frôlez le ridicule. Je vais de ce pas descendre d’Henri IV pour raccrocher Edmond à côté d’Hercule pour me siffler une Boarf assis sur Ta-Poäng en jouant avec Aglaë. Ah mais.
Melle Truc, hilare – Très bien, mais pensez-donc à raccrocher Saucisson et Salsifi sur Héloise avant de vous asseoir sur Ta-Poäng, ils n’aiment pas quand vous vous asseyez sur eux. Et à l’occasion, si vous pouviez regarder les horaires d’ouverture de la Mairie, je crains que nous ne soyons tenus de déclarer nos enfants.


Gudrun-Belette, adjugé !


Et si les crapauds avaient des ailes, ils se cogneraient pas les couilles quand ils sautent.

Ce n’est plus l’heure qui est grave, c’est mon âge.

Hier encore, j’étais heureuse. Je goûtais sereinement le bonheur que me permettait la sagesse mûrement acquise au long de ces 27 années. J’en veux pour preuve que je ne pleure presque plus à l’évocation de la destruction de ma carte 12-25.
Mais voilà. Lao Tseu l’a dit, et j’abonde en son sens : « le bonheur est comme une goutte de pluie qui vient de se former dans un nuage. Le temps de dire « ouf », voilà-t-y pas qu’elle se fracasse la goule par terre ».

Revenons à la Genèse de l’affaire, voulez-vous.

Hier soir, alors que je revenais d’une escapade « bières et sushis » avec Adrenalynn, je fus fort surprise de retrouver le Gru en slip, trempé, au milieu du salon, le cheveux humide et hirsute et cet air béat que je ne lui connais qu’après l’amour. Ô, par tous les temps du Diable, j’aurais aimé trouver une donzelle alanguie dans notre lit, j’aurais pu l’encaisser* mais la vérité était plus crue et plus terrible encore.

Pour pallier au manque provoqué par ma douloureuse absence, il avait fait l’acquisition de la diabolique console qui réveille à chaque fois ses glandes salivaires ; la Wii.

Le malheureux avait passé la soirée à ventouser des lapins crétins et à jouer au tennis. Un peu inquiet de ma réaction mais euphorique comme jamais, il postillonna fiévreusement en ma direction :

« Biche ! C’est merveilleux ! J’ai trouvé la solution à mon embonpoint ! J’ai repris le sport ! Je chéris les concepteurs de cette console qui l’ont créée uniquement pour MOI ! C’est incroyable ! Stupéfiant !! »

Rentrée tôt avec la très ferme envie de me coucher, j’ai dû revoir mes plans. Il ne fallait pas mollir ; nous avons finalement passé la nuit à nous exercer au lancer de vache, puis nous avons débattu du prénom de notre nouvelle pensionnaire (Colette ? Aralé ? Marguerite ? Ariane ? Nous ne nous sommes pas encore décidé, toute aide est la bienvenue.)

Je suis rentrée tôt ce soir afin de j… d’évaluer le taux de danger de la nouvelle arrivée, mais j’avais à peine retiré mes chaussures que le Gru, dont ce sourire réjoui n’avait vraisemblablement pas quitté les lèvres, passait la porte, sa mallette sous le bras, prêt à s’adonner à son « sport ». **
C’est ainsi que nous avons démarré le programme Fitness afin d’évaluer notre âge physique. C’est la grande trouvaille de Nintendo, ça. L’année dernière, avec Akane***, nous avions dû surmonter les tortures du Dr Kawashima.

L’examen a été douloureux. Bowling, tennis et baseball.
Gru, du haut de ses 46 ans physique Fitness Wii est fier d’être proche de son âge.****
Mémère Eulalie, par contre, a accusé le coup (et les concepteurs de ce jeu visant à nous faire culpabiliser et à provoquer une addiction en égratignant l’ego) : je culmine en effet à … 76 ans.

Et ce, à peine 11 jours après mon 27ème anniversaire.
Fracassage de goule, vous disais-je en préambule. Dont acte.


* Bonsoir Mademoiselle, alors, satisfaite ? Oui hein ! Coquine ! Cela fera 350 €. Carte bleue, visa, american express, mastercard, cash, euros, dollar ?
** Le plus beau c’est qu’il le PENSE vraiment.
***MA Nintendi DS
****ahaha ! Dans vos dents, infâme ! Vous qui avez fait entrer le Diable au sein de notre foyer !


La fin est proche

Extérieur, jour. Assise au soleil sur la terrasse de mes parents, je regarde un insecte inconnu rentrer dans le trou d'un truc en bois. L’insecte vient de se poser ; il regarde dans le trou, puis fait demi-tour et rentre en arrière.

"Ah, tiens, je ne savais pas qu'il y avait la marche arrière chez les insectes"

Et à la réflexion, je trouve ça super flippant comme découverte, qu'un insecte soit capable de marcher à l'envers.

La dernière fois que j'ai eu la mauvaise surprise de tomber sur une araignée, elle était accrochée à la serviette de bain que j'avais sur moi. En la refermant, j'ai vu dans le miroir quelque chose de noir, intriguée, j'ai réouvert la serviette et je l'ai vue, accrochée au coton. S’ensuivit une tentative de briser toutes les vitres dans un rayon de 8 km à la seule force de ma voix, puis, constatant que cela n'avait aucun effet, j'ai secoué la serviette dans la baignoire en hurlant et en agitant les bras et les jambes. Cette dernière partie « agitation frénétique des membres » étant bien entendu la plus importante.
Monsieur de la Muche, connaissant ces cris hystériques et ma tendance à l’hyperbole, ne s'est pas réellement inquiété, est arrivé mollement et prenant connaissance de la terrible mésaventure, s'est contenté d'un laconique :
"Vous croyez qu'elle a pondu des oeufs ?"
Je lui ai donc, -bien légitimement vous en conviendrez- brisé les tympans, puis ai pris le parti de me calmer toute seule en me répétant que les araignées n’étaient pas des bêtes malignes.
En effet, les affreuses, une fois soumises au danger*, s'arrêtent de bouger afin de devenir invisibles. (Et là, Monsieur de la Muche de m’accuser de faire de "l'anthropomorphisme éhonté", alors moi de répondre "gnia gnia gnia, je vous merde, j’anthropomorphe si je veux".)

L’araignée ne sait pas que nous détectons les éléments physiques de notre environnement de part leur seule présence et non leurs mouvements. Et c’est rassurant ; sinon, cela voudrait dire qu’un commando arachnéen armé jusqu’aux crochets aurait enlevé un humain pour l’étudier. Et là, les enfants, nous serions mal. Oulala.

Cette histoire d’insecte qui fait du moonwalk a réveillé cette réflexion étouffée dans l’œuf après avoir saisi sa possible néfaste portée sur le calme de mes nuits. Et je me sens finalement bien moins en sécurité ; si les insectes évoluent et apprennent à marcher à l’envers, qu’est ce qui nous dit qu’un insecte qui marche en arrière n’est pas capable de fomenter un plan avec d’autres insectes qui marchent en arrière pour enlever l’un d’entre nous EN ARRIERE ?

Ouvrons l’œil, mes amis, ouvrons l’œil.


* Si tant est qu'on puisse me considérer comme tel ; la seule fois où j'ai réussi à en tuer une c'est parce que la moitié de la pièce avait été lancée dans sa direction et que la converse, rebondissant au plafond, lui était tombée dessus dans un pur concours de circonstances alors que la créature à 6, 8, 10, plein de pattes passait en dessous.
**Alors que chacun sait que la meilleure façon pour qu'on ne nous voit pas est simplement de clore ses yeux, tudjieu, un enfant d’un an sait ça, rongntudju.